Fantasmes littéraires
- Garance Accily
- 25 janv. 2022
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 mai 2022
Lire en levant la tête : voilà quelque chose que la plupart des gens ne comprenaient pas, au premier abord. Mais en y réfléchissant, c’était un fait qui était possible à réaliser.
À cette pensée, Sonia se surprit à sourire d’amusement. Allongée dans l’herbe, un livre dans les mains, elle parcourait lentement les pages du roman qu’elle venait d’emprunter à la bibliothèque. Elle s’immergeait progressivement dans le monde fantastique que les mots créent au fur et à mesure du récit, laissant une porte ouverte à l’évasion de l’esprit.
Et puis des fois, quand le passage était vraiment intéressant et laissait planer une certaine atmosphère de suspense, l’imaginaire de la jeune fille s’emballait : et maintenant, qu’allait-il se passer ? Levant les yeux de son livre, regardant fixement droit vers le ciel, c’était toujours le moment que choisissaient les rêveries de Sonia pour venir se manifester.
Peut-être un nouveau personnage était sur le point d’entrer en scène ? Ou alors, sans doute
qu’un drame - ou une action forte en émotion - allait bientôt s’accomplir ? C’était bien le genre de questions que venait créer l’imagination rêveuse de Sonia, la tête toujours levée vers les nuages dans ces moments-là.
Quelquefois, si un personnage plaisait en particulier à la jeune fille, elle interrompait sa lecture littéraire pour se plonger dans une autre lecture : celle de l’imaginaire fantasmé. Elle s’efforçait alors de le voir à travers l’invisible, de se représenter son corps et son visage, de percer ses qualités et ses défauts, en bref à sa personnalité. Et si jamais le personnage était un homme, c’était encore mieux : Sonia adorait pouvoir se sentir proche d’un idéal masculin, à laisser son cœur palpiter d’un amour purement utopique.
Évidemment, pour que les choses puissent fonctionner, il fallait que le livre soit intéressant. Parce que s’il ne l’était pas, si les personnages étaient fades, sans saveur, ou si l’attente d’une action en cours était mal gérée, Sonia n’avait aucun scrupule à refermer le roman et à le laisser de côté. Tel était le sort réservé aux ouvrages incapable de lui faire voyager l’âme comme elle aimait tant le faire.
Mais le plus souvent, la jeune fille n’avait pas besoin de livres si elle voulait lire en levant la tête : que ce soit durant ses promenades au parc, ses cours à l’école ou tout simplement à la maison, sa rêverie faisait revenir à elle des extraits de roman qui l’avait marqué, représentant le plus souvent ses passages préférés.
C’était comme si les lettres venaient s’assembler en grande pompe dans sa tête, formant des mots puis des phrases complètes. Le plus souvent, les extraits étaient des descriptions du récit ou d’un personnage ; mais parfois, ça pouvait être aussi un dialogue bien rodé ou même un monologue teinté d’émotions brûlantes. Si elle pouvait, Sonia serait capable de les réciter à voix haute, sans faute et avec toute la force sentimentale requise.
Cependant, les capacités surprenantes de la jeune fille dans ce genre de domaine n’étaient pas forcément bien vues par tous : on lui reprochait notamment d’être trop dans les nuages et de ne jamais écouter les autres. Ce n’était pas forcément faux, mais tout de même… Oui, Sonia rêvait mais pas à n’importe quoi : à de la littérature ! On se plaignait tellement que de moins en moins de jeunes s'intéressaient à la lecture… Alors, pourquoi lui reprocher d’avoir le nez plongé dans ses livres ?
En fin de compte, peu importe les reproches des uns et des autres : Sonia continuerait à lire ainsi, les yeux levés vers le ciel… et à foisonner par ses histoires préférées, son univers personnel. Un monde dont elle était souveraine.
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