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La princesse Sorina et le comte Dracula

  • Photo du rédacteur: Garance Accily
    Garance Accily
  • 20 mai 2022
  • 20 min de lecture

Il était une fois, dans la lointaine Transylvanie, une région mystérieuse de Roumanie, vivait un comte dans une somptueuse demeure. Comblé par tous les bienfaits de la vie, le jeune homme qui se nommait Dracula était connu comme quelqu’un de charitable et généreux envers les villageois.


Malheureusement, le comte eut un jour le malheur de croiser le chemin d’une méchante fée qui désirait l’épouser. Celui-ci refusa maintes fois les demandes répétées de l’enchanteresse et une nuit, exaspéré, il la repoussa plus durement que d’habitude. Furieuse, la fée se dévoila dans toute son apparence maléfique et en guise de punition, elle transforma Dracula en vampire et jeta un sort sur le manoir et tous ses occupants.


Maudit et désespéré par son destin de créature de la nuit, le comte Dracula se terra au fond de sa demeure entouré de ses serviteurs, désormais invisibles. Pour rompre la malédiction, il faudrait que le comte se fasse aimer d’une femme humaine afin de pouvoir briser le charme. Sinon, il serait condamné à rester un vampire pour l’éternité.


Au fil des ans, le comte Dracula perdit tout espoir d’espérer, un jour, retrouver son humanité. Après tout, quelle humaine serait assez censée pour tomber amoureuse d’un vampire ?


Quelques années plus tard…


Tandis que Dracula et les siens s’étaient peu à peu fait oublier dans l’est de la Transylvanie, à l’ouest du pays régnaient un roi et une reine qui avaient trois enfants : deux fils, les princes Aurel et Oscar, et une fille, la princesse Sorina. La beauté de celle-ci était si éclatante qu’elle était surnommée par ses frères “La Belle de Transylvanie”.


Or, pour une raison que tout le monde ignorait, le roi et la reine ne s’intéressaient qu’à leurs fils, les héritiers du trône, délaissant leur fille unique. La princesse avait beau être fort belle, mais aussi instruite, douce, travailleuse et honnête, elle n’attirait sur elle que tracas et désillusion de la part de ses parents.


Un beau jour, la jeune fille en eut assez de cette vie d’injustices, de reproches et de coups : elle décida donc de quitter le château en secret et de partir explorer le vaste monde qui l’entourait. Avec la complicité de ses frères, la princesse Sorina parvint à sortir du château sans se faire remarquer de quiconque. Puis, le corps et les cheveux vêtus de voiles aux couleurs claires, elle s’engagea sur les chemins ombragés de son pays, désireuse de connaître la réalité du cœur des transylvaniens.


Hélas, partout où elle se rendit, Sorina fut toujours fort mal reçue par les gens de son royaume, nobles ou paysans. En fait, ils avaient surtout peur d’elle à cause de ses étranges vêtements et ce, malgré sa beauté évidente. La pauvre princesse se retrouva bientôt à errer comme une âme en peine dans l’est du pays, épuisée et dans un pitoyable état.


Un soir, Sorina se retrouva à courir au cœur d’une sombre forêt, poursuivie par les gens du village aux alentours. Ce jour-là, les villageois lui avaient refusé l’aumône à cause de son apparence déguenillée et pour ne pas mourir de faim, elle avait dû se résoudre, le cœur gros, à voler du pain à la tombée de la nuit. Malheureusement, elle avait été surprise par des hommes qui s’étaient aussitôt mis en chasse, désireux de lui donner une bonne leçon.


Sorina courut longtemps, terrifiée, ses pieds nus s’écorchant contre les racines des arbres. Même lorsqu’elle abandonna le sac de pain à ses poursuivants, ceux-ci continuèrent à lui courir après, torche à la main, déterminés à la brûler par le feu pour expier son péché.


Finalement, alors qu’elle pensait être perdue, la princesse arriva devant un immense portail en fer forgé derrière lequel se trouvait une immense demeure aux murs couverts de lierres. S’agrippant au barreau, elle se mit à implorer miséricorde au propriétaire des lieux :


- Qui que vous soyez, j’implore votre grâce ! Sauvez-moi de ceux qui me veulent du mal !


La jeune fille manqua de trébucher lorsque le portail s’ouvrit brusquement, lui laissant le passage libre, avant de se refermer derrière elle, la séparant de ses agresseurs par le fer menaçant. Ceux-ci poussèrent des cris de dépit avant de finalement faire demi-tour, sachant qu’ils ne pourraient pas entrer de force sur les terres du mystérieux domaine.


Entre-temps, Sorina s’était relevée avec difficulté et s’avançait à présent vers le manoir, lentement, les pieds en sang. Le souffle court, elle arriva devant la porte de la demeure et s’effondra à genoux sur le seuil, épuisée. Elle n’eut même pas la force de frapper à la porte, son ventre grondant douloureusement de faim.


Cependant, et à sa grande surprise, la porte s’ouvrit d’elle-même et dans la pénombre, la princesse distingua la silhouette d’un homme qui semblait avoir à peu près son âge. Elle ne put s’empêcher de trembler en voyant deux yeux rougeoyants plonger silencieusement dans les siens, mais elle se rassura du mieux qu’elle put. Après tout, cette personne l’avait sauvée de ses poursuivants en permettant au portail de s’ouvrir…


Mais avant qu’elle n’ait le temps de dire quoi que ce soit, la princesse Sorina perdit tout à fait connaissance, par la fatigue, la faim et le froid. Elle eut tout juste le temps de sentir des mains froides la soutenir pour éviter qu’elle ne tombe au sol. Puis, elle sombra dans le noir…


Le lendemain matin…


La Belle de Transylvanie s’éveilla en sursaut dans un lit moelleux et richement orné. Surprise, elle regarda autour d’elle pour voir où elle se trouvait : elle constata rapidement qu’elle était dans une chambre à la magnificence digne de la princesse qu’elle était. Sortant avec précaution des draps, elle se leva de son lit et explora avec précaution ce qui ressemblait à des appartements.


“Tout cela… Est-ce pour moi ?” s’interrogea intérieurement Sorina, n’ayant pas vu tant de luxe dans un même lieu depuis bien longtemps.


Ses soupçons se confirmèrent lorsqu’elle vit écrit sur la porte de la chambre : Appartements de la princesse Sorina.


“L’homme qui m’a recueilli hier soir sait donc qui je suis ! comprit la jeune fille, le cœur battant. Mais comment m’a-t-il reconnue ? Partout où je suis passée dans le pays, personne n’a su la vérité sur moi…”


Secouant la tête, Sorina explora un peu sa chambre et fut ravie en découvrant la bibliothèque, le clavecin et les quelques livres de musique qui ornaient la pièce.


- Mon sauveur tient peut-être à ce que je puisse me distraire…, songea la princesse à haute voix, à la fois perplexe et enchantée.


S’approchant de la bibliothèque, elle vit un livre sur lequel un message était inscrit en lettres d’or : Souhaitez et commandez : vous êtes ici la maîtresse et la reine du manoir. Le premier étonnement passé face à cette note, la tristesse vint brusquement envahir la jeune fille :


- Hélas ! La seule chose que je souhaiterais ici et maintenant est de savoir comment vont mes frères. Je suis partie depuis si longtemps qu’ils m’ont sans doute oublié !


Aussitôt, une lumière dorée illumina le grand miroir de l’armoir à vêtement et Sorina ne put retenir un halètement en voyant la glace qui lui montrait la salle du trône du château de Transylvanie. Dans la pièce se tenaient les princes Aurel et Oscar, près du roi et de la reine. Malgré leurs visages calmes, presque indifférents, une profonde tristesse persistait dans leurs yeux et Sorina crut entendre leurs pensées de lamentation envers leur petite sœur perdue.


Finalement, tout cela disparut et la princesse songea que son protecteur devait disposer de biens étranges pouvoirs pour avoir permis un tel miracle. Tout en se vêtissant d’une des robes que disposait l’armoire, elle se demanda quand elle le reverrait.


Après avoir passé quelques heures à lire de bons livres et à jouer du clavecin, Sorina s’enhardit à visiter le manoir dont elle admira la beauté, alliée à la robustesse. Dans la salle à manger, elle fut étonnée de voir la table mise pour une personne, bien qu’elle n’avait croisé aucun serviteur dans les couloirs. La faim l’emportant sur les interrogations, la princesse mangea le délicieux repas avant de reprendre son exploration.


Lorsque le soir tomba, Sorina se rendit à nouveau dans la salle à manger où elle trouva le couvert installé pour deux personnes. À peine fut-elle assise sur sa chaise qu’elle vit une silhouette masculine arriver en face d’elle : la jeune fille reconnut l’homme qui l’avait sauvé tantôt et ne put retenir un nouveau frémissement à la vue de ses yeux rouges inquiétants.


- Princesse Sorina, lui dit le comte Dracula - car c’était bien lui - me permettez-vous que je me joigne à vous pour le dîner ?

- Bien entendu, répondit-elle en tremblant. Après tout, vous êtes le maître des lieux.

- Non, répliqua doucement le jeune homme. Il n’y a ici de maîtresse que vous, chère princesse. Et si jamais je vous ennuie, vous n’aurez qu’à me dire de m’en aller et je sortirai tout de suite.


En la voyant hocher la tête silencieusement, incapable de répondre, le comte s’inquiéta :


- Dites-moi princesse, je suppose que je dois vous faire peur, n’est-ce pas ?

- Cela est vrai, admit Sorina qui était incapable de mentir. Cependant, vous m’avez sauvée la vie, hier soir, en me recueillant parmi vous. Pour moi, vous êtes bien la seule personne à l’âme généreuse que j’ai rencontrée depuis le début de mon périple.

- J’imagine que vous avez raison, répondit Dracula. Cependant, outre le fait que je sois effrayant, je n’ai point non plus d’esprit. En vérité, je ne suis qu’un sot sans grande valeur…

- Je ne suis pas d’accord, répliqua la jeune fille avec fermeté. On n’est pas un sot lorsqu’on croit n’avoir aucun esprit : un idiot est incapable de concevoir une telle pensée.


Face à ce compliment déguisé, le comte sentit le rouge monter à ses joues pâles et il détourna le visage pour que sa convive ne remarque rien :


- Mangez donc, princesse Sorina. Sachez que vous pouvez vous considérer comme mon invitée, aussi longtemps qu’il vous plaira de rester ici. J’espère que vous ne vous ennuierez jamais : j’aurais bien de la peine à vous voir malheureuse.

- Vous êtes quelqu’un de bien, lui assura Sorina en souriant. Vous êtes bien la seule personne qui ait montré de la compassion pour moi, excepté mes deux frères. Et quand je vous regarde plus attentivement, vous ne me faites plus autant peur qu’auparavant.

- Oh, je suis sans doute quelqu’un de bien…, admit le jeune homme avec tristesse. Mais malgré tout, je suis un monstre.

- Il existe des hommes bien plus monstrueux que vous, objecta la Belle de Transylvanie. J’ai rencontré beaucoup de personnes au cœur sec et difforme depuis que j’ai quitté le château. Si vous ne m’aviez pas accueilli parmi vous, je pense que j’aurais cessé de croire en la bonté de l’âme humaine.

- Votre gentillesse me va droit au coeur, lui avoua Dracula. Si j’avais un peu plus d’esprit, je ferais un grand compliment pour vous remercier. Mais comme je suis stupide, je ne peux que vous dire que je vous en sais gré.


Sorina se contenta de sourire et de continuer à souper de bon appétit. Le comte ne lui faisait presque plus peur maintenant, malgré ses étranges yeux rouges. Pourtant, elle manqua de mourir de frayeur lorsqu’il lui posa cette question à la fin du repas :


- Princesse Sorina, voulez-vous m’épouser ?


D’abord tétanisée à l’idée de le mettre en colère, la jeune fille finit par secouer la tête et lui répondit non avec honnêteté. Le pauvre homme poussa alors un long soupir, si fort que les murs du domaine semblaient en trembler. Finalement, la peur de Sorina se calma lorsque le comte lui souhaita une bonne nuit avant de se retirer de la pièce. Une fois seule, la princesse se plongea dans ses pensées :


“Je suis bien navrée de lui avoir causé de la peine…, songea cette gentille fille avec compassion. Quel dommage qu’il soit si effrayant, il est si bon avec moi !”


À partir de ce jour-là, la princesse Sorina demeura chez le comte Dracula, les jours et les nuits s’écoulant avec tranquillité. Elle eut plaisir à ne plus souffrir de la faim, du froid et de la peur qu’elle avait souvent éprouvés durant son voyage dans les différentes régions de son royaume natal. Elle se surprit même à apprécier de nouveau les avantages que lui offrait une vie luxueuse, comme les belles toilettes et les divertissements musicaux qu’elle avait pourtant failli prendre en horreur lorsqu’elle était encore une princesse.


Peu à peu, la jeune fille s’habitua également à la présence du comte Dracula à ses côtés, que ce soit pour les repas ou pendant les promenades dans les beaux jardins du manoir. Bien qu’il se définissait comme n’ayant aucun esprit, le comte possédait néanmoins suffisamment de bon sens pour mener des conversations assez agréables avec sa convive. Bientôt, celle-ci s’accoutuma à la vue de son sauveur et se mit à chérir davantage tous les bons moments qu’ils passaient ensemble, comme les nouvelles bontés qu’elle lui découvrait chaque jour.


Sorina ne tarda pas non plus, un soir, à trouver le courage nécessaire pour lui demander la raison de l’étrange couleur de ses yeux. Dracula lui raconta alors la malédiction qui pesait sur lui, à cause de cette méchante fée qui désirait l’épouser et qu’il avait rejetée. La seule chose qu’il garda sous silence était le moyen pour briser la malédiction, ne souhaitant pas que la douce Sorina se sente obliger de l’aimer pour l’aider à mettre un terme au sortilège.


- Et donc…, lui demanda la jeune fille avec hésitation. Est-ce que vous buvez… du sang ?

- Seulement du sang animal, la rassura le comte. Et comme je chasse uniquement dans les bois de mon domaine, personne n’a jamais soupçonné l’existence d’une créature de la nuit. Sinon, il est certain qu’on viendrait à moi pour me mettre à mort !


La princesse fut étonnée de sentir un frisson la parcourir à l’idée que son bienfaiteur puisse être mis à mort d’une façon aussi cruel alors qu’il possédait une âme des plus bienveillantes. Elle comprit également d’où venait l’étrange pâleur du jeune homme ainsi que ses yeux rougeoyants : c’était à cause de sa condition de vampire, le sang ayant changé la couleur du regard de Dracula, anciennement bleu.


En fait, la seule chose qui chagrinait véritablement Sorina était que le comte lui demandait toujours à la fin de chaque souper si elle voulait l’épouser, et paraissait pénétré de douleur à chaque fois qu’elle lui répondait non. Même si elle éprouvait de tendres sentiments envers lui, la Belle de Transylvanie ne pouvait se résoudre à devenir la femme d’un vampire : qui sait s’ils ne deviendraient pas malheureux une fois ensemble ?


Trois mois plus tard…


Ce jour-là semblait être une journée comme les autres pour la princesse Sorina. Pourtant, quelque chose ne tarda pas à l’inquiéter : contrairement à d’habitude, le comte n’était pas venu la voir. Soucieuse, la jeune fille décida de se rendre à ses appartements pour voir s’il allait bien.


Lorsqu’elle eut ouvert la porte de sa chambre, Sorina fut choquée par ce qu’elle vit : Dracula était allongé sur son lit, le visage gris comme la cendre au lieu de sa pâleur habituelle. Elle se précipita aussitôt à son chevet, le regard inquiet :


- Comte ! Que vous arrive-t-il ? Êtes-vous malade ?

- Non princesse…, répondit faiblement le jeune homme. La chasse a été infructueuse aujourd’hui… et je n’ai pas pu me nourrir…


Sorina comprit aussitôt ce que sous-entendait le vampire à travers ses paroles et serra sa main dans les siennes.


- Puis-je faire quelque chose pour vous ? lui demanda-t-elle, prête à lui venir en aide.

- Il n’y aurait qu’une seule chose à faire…, répondit Dracula dans un soupir. Je sais d’avance que cela vous déplaira, mais s’il vous plaît… Princesse Sorina… Laissez-moi boire un peu de votre sang… !


Au son de cette faveur, la jeune fille haleta d’abord de peur, craignant les conséquences d’une morsure sur sa personne. Mais ensuite, en voyant l’expression douloureuse du comte qui paraissait proche du trépas - malgré sa condition d’immortel - elle ne tarda pas à prendre une décision et tendit son poignet vers son protecteur. Au comble de la soif, Dracula approcha ses lèvres de la peau fine de Sorina puis la mordit d’un coup sec, ses canines pénétrant sa chair.


Sous l’effet de la douleur, la princesse sursauta et gémit tout bas. Néanmoins, elle laissa le comte s’abreuver de son sang et fut soulagée en le voyant retrouver sa pâleur habituelle. Mais lorsqu’il relâcha son étreinte sur son poignet, une faiblesse inattendue envahit la jeune fille et elle s’évanouit.


À son réveil, dans ses propres appartements, le comte Dracula lui expliqua que c’était l’effet de la morsure qui l’avait conduite dans cet état. Heureusement, elle n’eut d’autre séquelle de son geste qu’une simple morsure en forme de demi-lune argentée sur le poignet.


Trois jours plus tard…


D’étranges rumeurs à propos de la famille royale de Transylvanie avaient commencé à circuler à l’est du pays et finirent par arriver aux oreilles de Sorina et du comte. Celle-ci utilisa alors son miroir magique dans sa chambre pour vérifier la véracité des faits et les rumeurs s’avérèrent vraies : le roi, son père, venait de mourir et avait transmis sa couronne à son fils aîné, le prince Aurel.


Dans un soupir, la princesse songea à ses deux frères qu’elle n’avait pas vu depuis fort longtemps : elle brûlait de désir de les revoir. Et puis, elle était aussi curieuse de savoir comment son absence avait touché le royaume ainsi que sa mère, la reine.


Le soir venu, la jeune fille demanda donc au comte Dracula la permission de retourner au château, le temps de retrouver sa famille. Le souhait de sa protégée étonna le comte autant qu’il le troubla :


- Pourquoi voulez-vous retourner parmi eux ? J’avais cru comprendre que vous étiez fort malheureuse lorsque vous étiez une princesse… Alors pourquoi revenir à leurs côtés ?

- Certes, mes parents se montraient souvent injustes avec moi, admit Sorina, les mains jointes en signe de prière. Mais je suis une princesse et en tant que telle, je me dois de rendre mes derniers hommages à mon père, le roi. Je tiens également à revoir mes frères, Aurel et Oscar : je ne les ai plus vus depuis si longtemps que je mourrai de douleur si vous me refusez le plaisir d’être à nouveau auprès d’eux.


Face à ce discours, le comte hocha tristement la tête : en vérité, il préférerait mourir lui-même plutôt que de causer du chagrin à celle qu’il aimait en secret.


- N’ayez crainte, douce Sorina. Je vous accorderai les moyens nécessaires pour rentrer chez vous. Quant à moi, une fois que vous serez partie, je replongerai dans ma solitude d’antan, ajouta-t-il avec mélancolie.

- Ne tenez pas de tels discours, insista la jeune fille en prenant ses mains dans les siennes. Je ne peux me résoudre à vous abandonner complètement : laissez-moi huit jours avec ma famille ensuite, je reviendrai auprès de vous. Comme je n’ai jamais eu beaucoup d’utilité en tant que princesse, mes frères accepteront certainement de me laisser vivre à vos côtés, dans l’est du pays.


La résolution de la princesse semblait si franche et sincère que Dracula finit par céder à ses avances. Il lui promit que dès qu’elle sera couchée, le lendemain, elle s’éveillerait dans le château familial. Il lui donna également un anneau qui aurait le pouvoir de la faire revenir au manoir quand elle le souhaiterait. Enfin, il lui fit une dernière recommandation :


- Ne parlez à personne de ma condition de vampire, même à votre entourage proche. Quant à votre cicatrice au poignet, cachez-là de la vue de tous : personne ne doit vous poser de question sur son origine.


La princesse Sorina lui promit tout cela et sur ces termes, le couple se sépara. Le comte s’en alla en soupirant comme à son habitude tandis que sa convive se sentit affligée de lui causer une telle tristesse. Lorsqu’elle se coucha, elle se renouvela la promesse de revenir auprès de Dracula, une fois les huit jours passés, et de ne parler de son état à quiconque.


Le lendemain matin…


Ce fut les premiers rayons du soleil qui éveillèrent la Belle de Transylvanie, à l’aube revenant. Elle vit tout de suite qu’elle était dans le château familial et attrapant une clochette se trouvant à côté de son lit, elle la sonna pour faire venir une servante à elle. Le cri de stupeur que poussa celle-ci attira l’attention d’Aurel et Oscar, les frères de Sorina : ils manquèrent de s’évanouir de joie en constatant le retour de leur petite sœur chérie, et tous s’enlacèrent dans une étreinte joyeuse qui dura de longues minutes.


Après ces premiers transports, la princesse songea qu’elle n’avait aucune robe à porter pour pouvoir s’habiller convenablement. Mais la servante l’avertit qu’elle venait de trouver un coffre rempli de toilettes aux tissus chatoyants, couvertes de diamants et de rubis. Sorina devina que ce prodige était lié au comte et lui adressa une prière muette de remerciement.


Un peu plus tard, l’ancienne reine de Transylvanie, la mère d’Aurel, d’Oscar et de Sorina, vint à son tour à la rencontre de sa fille et pensa mourir de douleur et de jalousie en la voyant aussi somptueusement vêtue, toujours aussi belle qu’autrefois.


Inexplicablement, cette femme avait toujours eu le coeur mauvais envers sa dernière enfant qu’elle considérait comme un fardeau et sa disparition soudaine, trois mois auparavant, l’avait réjouit. Maintenant qu’elle était de retour, la souveraine entreprit de la surveiller avec attention, espérant trouver un moyen de lui nuire.


Finalement, la reine-mère ne tarda pas à découvrir que Sorina s’efforçait toujours de cacher curieusement son poignet droit avec la manche de sa robe. Emplie d’un intérêt malsain, elle attendit le bon moment pour agir et le soir venu, alors que sa fille discutait tranquillement avec ses frères dans ses appartements, elle lui tourna autour de façon discrète, prête à dévoiler le secret que Sorina tentait de cacher.


A un moment donné, la jeune fille tira à nouveau sur sa manche et l’ancienne reine lui attrapa le poignet par surprise, exposant rapidement sa cicatrice d’un argenté brillant à la vue de tous.


- Qu’est-ce que c’est que cela ? l’interrogea-t-elle sévèrement tout en lui tenant le bras. De quelle manière t’es-tu blessée pour en avoir gardé une telle marque ?


Au début, fidèle à son serment envers son ami, la princesse refusa de parler et demeura silencieuse, malgré la surprise qu’elle vit peinte sur le visage de ses frères. Cependant, sa mère se mit à la tourmenter tant et si bien que Sorina, épouvantée, finit par révéler son secret sur la nature du comte Dracula.


En apprenant cela, la reine-mère se mit dans une telle colère qu’Aurel, nouveau roi du pays, dû l’emmener de force dans une autre pièce pour la calmer. Pendant ce temps, le prince Oscar s’efforçait de consoler sa petite sœur qui avait éclaté en sanglots, honteuse d’avoir rompu une promesse solennelle auquelle elle s’était pourtant engagée.


- Pourvu qu’il ne lui arrive rien de mal par ma faute ! pria-t-elle à haute voix entre ses larmes, les mains jointes.


Un peu plus tard dans la nuit, retirée dans ses appartements, la malveillante reine-mère appela à elle quelques-uns de ses plus fidèles serviteurs pour leur confier une mission de toute urgence : tuer la maudite créature de la nuit qui hantait l’est du pays.


- Le comte Dracula a déjà bu le sang de ma fille, alors pourquoi ne recommencerait-il pas ? Vous devez absolument me débarrasser de cette nuisance avant qu’il ne puisse agir, peu importe les sentiments que ma fille éprouve pour lui.

- Comment devrons-nous le tuer, Majesté ? lui demanda l’un de ses serviteurs, perplexe. Après tout, les vampires ne sont-ils pas censés être immortels ?

- Certes, il n’existe qu’une seule façon pour les tuer, admit l’ancienne reine en tendant un objet pointu vers ses hommes. Il faut leur enfoncer un pieu en bois dans le cœur : prenez celui que je vous donne et partez accomplir votre devoir. Surtout, soyez prudent : ce comte ne se laissera pas tuer sans se battre jusqu’à la dernière extrémité.


Sur ces avertissements, les fidèles de la reine-mère quittèrent le château en secret, se rendant dans l’est du pays pour aller exécuter leur sale besogne.


Une semaine plus tard…


Couchée dans le lit de sa chambre, Sorina se tournait et se retournait sous ses draps en velours, agitée par des sentiments contradictoires. D’un côté, elle était heureuse d’avoir retrouvé ses frères et leur amitié fraternelle d’antan. Elle avait même réussi à convaincre Aurel, désormais son roi, d’accentuer davantage l’importance sur les lois de l’hospitalité dans la Transylvanie, lui ayant raconté ses expériences malheureuses durant son exil. De cette façon, les étrangers seraient accueillis bien plus amicalement dans le pays.


Le royaume aussi avait célébré le retour de leur princesse bien-aimée par les siens : la Belle de Transylvanie faisait à nouveau le bonheur du peuple lorsqu’elle se promenait en carrosse avec ses frères dans le village environnant.


Mais d’un autre côté, Sorina était déçue de voir que sa mère n’avait pas du tout changée depuis son départ et était resté la femme froide et égoïste de ses souvenirs. Cependant, ce qui l’ennuyait réellement, c’était le chagrin que lui causait l’absence du comte Dracula, si loin d’elle. Le jeune homme lui manquait beaucoup et elle ne pouvait s’empêcher de se faire des reproches en songeant à la peine qu’elle lui provoquait par leur séparation.


Cette nuit-là justement, alors que les huit jours arrivaient à leur terme, la princesse fit un rêve étrange et effrayant : elle vit le manoir du comte et un groupe d’hommes vêtus aux couleurs de la famille royale se faufiler dans le hall. L’instant d’après, Sorina observa le combat qui opposait Dracula à ses adversaires. Son visage était empreint d’une incroyable férocité mais aussi de peur face à un redoutable pieu en bois.


Soudain, la Belle de Transylvanie crut voir les yeux rougeoyants et désespérés du comte plonger dans les siens, l’éveillant en sursaut. Elle commença alors à se lamenter :


- Insensée que je suis ! N’ai-je pas été déloyal envers cet homme bon et bienveillant en dévoilant son secret à ma mère ? Car je n’en doute pas : c’est elle qui a envoyé ces hommes pour tuer le comte. Allons, il ne faut pas m’attarder davantage ici : je dois le sauver tant qu’il est encore temps.


Sur ces belles paroles, la princesse Sorina se leva et attrapa l’anneau magique que le comte Dracula lui avait donné avant son départ. A peine l’eut-elle mise à son doigt qu’elle disparut du château dans une lueur dorée. Lorsqu’elle réapparu, quelle ne fut sa joie de constater qu’elle était revenue au manoir enchanté !


Soudain, des cris et autres hurlements lui parvinrent à l’oreille, lui glaçant le sang. Mais elle reprit rapidement courage :


- Non, cela ne sert à rien de rester ici : je dois aller voir ce qu’il se passe.


Vêtue simplement de sa longue chemise de nuit blanche, Sorina sortit de la pièce et se précipita en direction du hall. En haut des escaliers, elle eut finalement un aperçu du carnage qui avait eu lieu, quelques minutes avant son arrivée : tous les hommes envoyés par la reine-mère étaient morts, des blessures sanglantes partout sur leur corps et des trainés de sang souillant le sol en marbre blanc.


Dans un frisson, la princesse regarda les escaliers et poussa un cri d’horreur et de détresse : le comte était effondré sur les premières marches, le pieu enfoncé dans sa poitrine. Courant comme une folle au risque de faire une chute, Sorina se précipita sur le jeune homme, jetant son corps contre le sien et ce, sans éprouver la moindre peur sur son apparence ou sur le sang qui venait tacher ses habits.


Très vite, cependant, la jeune fille constata qu’il était encore en vie et rapprocha sa tête contre sa poitrine pour pouvoir lui parler plus facilement. Dracula ouvrit alors les yeux et s’adressa faiblement à la princesse :


- Ces hommes ont été envoyés par votre mère… À travers ma mort, c’est à vous qu’elle voulait faire du mal… en vous privant de votre seul véritable ami… Je me meurs mais au moins… je meurs heureux puisque j’ai eu le bonheur de vous revoir…

- Non cher comte, vous ne mourrez point, lui assura Sorina, pourtant sur le point de défaillir. Au contraire, vous vivrez et deviendrez mon époux. Oui, vous êtes effrayant et vous avez peu d’esprit, mais cela n’importe plus pour moi : ce n’est ni l’apparence, ni l’esprit d’un homme qui peuvent rendre une femme heureuse, mais la bonté de son caractère et sa vertu.


Heureux d’entendre de si douces paroles malgré sa douleur, le comte ferma paisiblement ses yeux, laissant les ténèbres l’envahir peu à peu. Au comble de l’angoisse, la princesse Sorina le serra plus fort contre elle et se mit à crier :


- S’il vous plaît, demeurez à mes côtés ! Je jure de vous accorder ma main et d’être vôtre à tout jamais ! J’ai toujours pensé n’avoir que de l’amitié pour vous mais à présent, je me rends compte que la vie n’a plus d’importance pour moi si vous n’êtes pas à mes côtés !


Les larmes coulant doucement sur ses joues, la Belle de Transylvanie rapprocha le visage de son amant et déposa un chaste baiser sur ses lèvres avant de murmurer dans un sanglot :


- Je vous aime…


À peine eut-elle dit ces mots qu’un miracle se produisit : le corps du comte Dracula se mit à scintiller de mille feux, tout comme le manoir et ses jardins. Eblouie, Sorina ferma les yeux et lorsqu’elle pu les rouvrir, elle fut stupéfaite de constater que toutes les blessures de l’homme qu’elle aimait avaient disparu, tout comme le pieu en bois. Plus surprenant encore : Dracula avait perdu son apparence vampirique et semblait avoir retrouvé son humanité.


- Comte ? Que vient-il de se passer ? l’interrogea-t-elle alors que la demeure semblait à présent nimbée de lumière.

- Chère Sorina, lui répondit tendrement le jeune homme en prenant ses mains dans les siennes. Vous venez de me sauver de la malédiction qui me rongeait depuis si longtemps. La fée qui m’avait jeté ce sort m’avait condamné à rester un vampire et m’avait défendu de faire paraitre mon esprit jusqu’à ce qu’une femme humaine tombe amoureuse de moi. Vous seule avait été touchée par mon caractère au-delà des apparences. En vous offrant mon amour, j’espère m’acquitter de tous les bienfaits que vous m’avez accordés.


Agréablement surprise par cette révélation, la princesse se blottit contre son bien-aimé et ils demeurèrent longtemps enlacés, heureux du destin favorable qui les attendait.


Le lendemain matin, le couple retourna au château pour y exposer, devant toute la cour, la vérité à propos de l’enchantement pesant sur le comte, ainsi que le sombre complot ourdi par l’ancienne souveraine de Transylvanie. D’abord stupéfait puis indigné, le roi Aurel ordonna l’arrestation de sa mère avant d’accueillir de bon cœur le comte Dracula comme le fiancé de sa sœur. Peu de temps après, la reine-mère fut jugée et condamnée à mort par décapitation pour trahison et tentative de meurtre sur l’un des pairs du royaume.


De son côté, la princesse Sorina demeura quelques semaines au château où elle épousa son très cher comte lors d’une cérémonie fastueuse. Le roi, son frère, lui accorda le privilège de garder son titre de princesse en plus de son nouveau rang de comtesse, offrant ainsi à Dracula le titre de prince consort de Transylvanie.


Cependant, les deux époux ne restèrent pas longtemps à la cour et finirent par se retirer dans le manoir du comte, théâtre de la naissance de leur amour. Cela n’empêcha pas Sorina de rester en bonne intelligence avec ses frères, leur rendant visite chaque fois que sa présence était réclamée. Néanmoins, elle était toujours heureuse de regagner le manoir qu’elle considérait désormais comme sa véritable maison.


Toute royale qu’elle fut, la princesse Sorina eut la chance d’avoir un mariage long et heureux avec son comte bien-aimée car leur bonheur fut fondé sur la vertu et la bonté.



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