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Marie Claude

  • Photo du rédacteur: Marie Pompier
    Marie Pompier
  • 17 déc. 2021
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 mars 2022

Marie Claude se retourne, doute. Depuis son fauteuil, elle ne peut pas voir la porte d’entrée. Elle tord son corps maigre et sec, s'arcboute et s’énerve le cou tendu vers ce maudit couloir. Pas le choix, la voilà qui se précipite vers l’entrée. D’une main ferme que le temps a tordue mais qu’elle refuse de laisser trembler, elle attrape les clefs qui ne quittent jamais sa robe de chambre.

Il y en a 5, elle laisse celles du garage cachées dans le panneau électrique. Les doubles aussi sont cachés, elle n’a jamais pu se résoudre à les confier à sa fille, pourtant propriétaire de l’appartement où elle l’a sauvagement enfermée. Fabienne n’a jamais été digne de confiance aux yeux de sa mère. D’ailleurs la vieille femme sait très bien qu’elle ne lui a acheté ce taudis que pour l’y laisser mourir, éventrée par des voyous qui viendraient chercher sa fortune. Mais on ne le l’aura pas si facilement. Marie Claude connaît son affaire et après avoir fait poser une porte blindée devant son trésor, elle avait mis sur sa porte d’entrée autant de verrous que celle-ci pouvait supporter.

Il faut agir vite, la serrure principale d’abord. La clef s’enfonce mais refuse de tourner. Marie Claude est un peu soulagée, c’était bien fermé. Elle s’autorise à jeter un œil à travers le judas. Le couloir est éteint. La panique monte à nouveau. A quoi pensait-elle à traîner ainsi ?! Bien sûr qu’ils n’allaient pas allumer la lumière, ils la savaient les regardant derrière la porte ! Dans la précipitation, elle rate la serrure de la deuxième clef qui vient rayer la porte au lieu d’enfin réussir à la protéger. Elle gémit et parvient enfin à pénétrer cette fichue serrure, la clef ne peut pas tourner, c’était fermé. Mais il en reste une, Marie Claude baisse les yeux et dans un geste désespéré poignarde cette satanée porte de la troisième clef. Ses dernières forces se concentrent en ce geste fatidique, en une ultime poussée vers la droite. La malheureuse s’acharne mais sa main ne tourne pas plus. Elle s’effondre, la moquette amortit sa chute mais elle ne sent de toute façon pas l’impact. Son cœur fatigué la menace de l’intérieur, sa vie n’est donc faite que de dangers. Mais elle sait que le repos n’est pas encore venu. Le balcon. Elle s’élance, rampant à moitié, vers le bouton de contrôle des stores, elle parvient à presser celui du bas. Les rideaux recouvrent déjà la baie vitrée mais elle devine le store fermé à son bruit caractéristique de mécanisme auquel elle demande une énième fois de se mettre dans la position qu’il occupait déjà. Debout à présent, elle recommence dans toutes les pièces. Epuisée mais saine et sauve, elle se dirige à nouveau vers son fauteuil et s’assoit sur le tissu élimé. Face à cette vitre emballée de rideaux jaunes et de barrières métalliques, elle se tient prête.



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