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Spectre

  • Photo du rédacteur: Isabelle Péré-Fam
    Isabelle Péré-Fam
  • 22 nov. 2021
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 mars 2022

Écrire (au plus) une page (A4) en commençant par la formule empruntée à André Breton : "il me fait jouer de mon vivant le rôle d’un fantôme" (dans "Nadja"). (consigne de Jean-Michel Devésa)


« Il me fait jouer de mon vivant le rôle d’un fantôme. Ç’a commencé par des petites choses. Des réflexions. Des moqueries. C’est pas si simple, tu vois, de prendre sur soi.

Un jour il m’a dit « tu es à moi, tu es ma chose ». À l’époque, je n’ai pas réagi, je n’osais pas. Mais maintenant…qui était-il pour me dire cela ? Une autre fois, il m’a dit « tu ne retrouveras jamais quelqu’un comme moi ». Je savais bien qu’il pensait être celui qui était « fait pour moi ». Mais désormais, je comprends cette phrase comme un aveu, celui de quelqu’un de profondément mauvais qui sait toute sa méchanceté.

Puis il y a eu les coups. J’étais tétanisée, je ne savais pas quoi faire. Alors je le laissais. Le laissais faire. Mais j’étais morte de peur. La peur à chaque fois qu’il revenait du travail. À chaque regard qu’il m’adressait. J’avais si peur mais je l’aimais, ou plutôt je croyais que je l’aimais. La première fois, c’était dans la cuisine. Les pâtes ne cuisaient « pas assez vite » et il avait faim. Il a serré ma nuque de sa main droite et a cogné mon front contre la hotte. Tous mes membres tremblaient. Il a fait comme si de rien n’était. Puis il y a eu cette fois, j’en ai très honte, c’était devant ma fille. Il m’a jetée à terre, si violemment que je n’entendais plus rien pendant quelques secondes. Je me souviens par contre très bien des yeux d’Héléna : écarquillés, prêts à pleurer. Puis j’ai vu sa bouche s’ouvrir en grand. J’ai vu le cri sur sa bouche. C’est là que j’ai compris qu’il fallait que ça s’arrête. Alors, pendant qu’il avait le dos tourné, je me suis ruée sur un couteau dans la cuisine, le premier qui m’est passé sous la main, et je l’ai enfoncé, fort, si fort ! Dans son dos. Je l’ai tué.

Aujourd’hui, son spectre me hante encore. »



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