Attention OVNI ! Objet visuel non identifié s’il en est, Coupez ! le dernier film de Michel Hazanavicius est pour le moins déroutant. Pour info, il s’agit d’une adaptation d’un film japonais Ne coupez pas ! Du réalisateur Shin'ichirô Ueda sorti en 2017 et qui signe l’un des plus gros succès commerciaux du film indépendant au pays du soleil levant. Rien que ça !
Film de genre, à savoir de série Z, le film oscille à la fois entre la parodie, le remake et la comédie. Il y a par ailleurs plusieurs grilles de lecture possibles, mais aussi plusieurs niveaux d’analyse. D’une part la reprise ratée d’un film japonais qui a bien marché, narrant l’histoire d’un tournage de film zombies caméra au poing et en direct qui se voit contrarié par l’arrivée de véritables zombies. D’autre part, d’un film dans le film, puisque la version française reprend le jeu initial des acteurs japonais avec des noms de fait japonisants (ce qui induit une distance comique car ces prénoms apparaissent alors fortement ridicules pour des Européens), et aussi un certain recul par rapport à tout ça. Et donc de fait, un film à prendre au second degré.
Enfin, troisième niveau de lecture possible et donc a fortiori troisième ou quatrième degré d’interprétation : un film dans le film qui reprend lui-même un film ayant déjà existé et qui parlait de l’histoire du tournage d’un film. Ouf ! Je ne sais pas si vous m’avez bien suivi jusqu’à là ou si je vous ai perdus en cours de route. De fait, un peu déboussolé pour ma part, ne sachant pas trop à quoi m’attendre, j’ai été dans un premier temps moi aussi pas mal désarçonné devant ce film équestre-zombiesque.
Et je n’ai pas été le seul il est vrai ! Puisque nous étions deux dans la salle et que, ô joie suprême, la dame d’un certain âge au premier rang, qui partageait avec moi l’espace, a décidé ni plus ni moins de foutre le camp. Me laissant seul face à mon désarroi. Ce qui est d’autant plus plaisant car de fait, j’avais la salle pour moi tout seul (ce qui est chose rare en matière de cinéma).
Sauf que ; un miracle se produisit, devant le navet pressenti (moi qui pourtant suis fan de films de zombies), passé devant l’hébétement et je dirais même l’hébétude du navet volontairement mauvais et niais. Pour ne pas dire, complètement sonné et groggy sur place, la deuxième partie du film se met alors en place. Et c’est d’autant plus jouissif, car si on rit jaune lors de la première demi-heure, tout s’explique dans l’heure suivante et nous prête à rire de bon cœur. On en rit d’autant plus facilement et sans retenue que nous sommes seul en salle après avoir bien involontairement privatisé le cinéma !
Romain Duris et Bérénice Bejot sont au poil, volontairement mauvais, et particulièrement bons. Il en est de même de tout le casting. Et le film nanar que nous avions jugé navet au prime abord prend alors tout son essor, jusqu’à en devenir un grand moment de cinéma.
Bien sûr, rien à voir avec Shaun of the Dead, un modèle du genre de la comédie zombies. Mais quand même, passée la surprise, je me suis réjoui d’être resté dans mon fauteuil alors que pourtant une petite voix intérieure insidieuse me disait de m’en aller.
Pour résumer, un film que je ne vous conseillerais que trop d’aller visualiser. Pour peu que vous soyez patients, et passiez les premiers instants déplaisants du film, entre hémoglobine abondante et gratuite et jeu des acteurs apocalyptiques dignes des plus mauvais films de série B, vous pourrez alors apprécier tout le message caché du film à l’intérieur du film, lui-même engoncé dans un film qui parlait d’un tournage d’un film.
Bref une belle collection de matriochkas « japono-japonisantes » (je me permets ce clin d’œil à Rémi, joué par Romain Duris) ou plutôt devrais-je dire nippon-françaises, ou plutôt franco-japonaises. Bref, un film dans le film avec les coulisses d’un tournage de film qui court droit à la catastrophe, mais dont le décalage nous fait voir l’envers du décor. Ce qui après tout, est assez rare pour être souligné. Dans une sorte de mise en abyme cinématographique on ne peut plus jouissif !
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