top of page

Le raté

Quand j’étais jeune, mon père me répétait souvent : « Mon fils, toi aussi quand tu seras grand, tu seras un grand médecin ». La vie en avait décidé autrement.

J’avais essayé, pourtant. J’ai suivi un parcours scientifique pendant toute ma scolarité, une mention très bien à mon bac S, puis, l’année d’après, j’entrais dans la meilleure faculté de médecine de France. Mon père était très fier de me voir emprunter le même chemin que lui. J’avais essayé de faire aussi bien que lui, mais j’avais échoué dès ma première année. J’avais eu tellement honte que je n’ai pas osé lui dire que je ne voulais pas recommencer. J’y suis retourné à contre-cœur, sentant que je n’y arriverais pas. J’avais pris toutes les options pour mettre toutes les chances de mon côté, mais je les avais toutes loupées également.

Mon père était très déçu. Pour me rattraper, j’ai voulu travailler dans le paramédical. Ostéopathe, orthophoniste, rien n’avait fonctionné. Et pareil pour les études de biologie. Puis, j’avais compris une chose, c’était son rêve à lui que je devienne médecin, pas le mien.

Un jour, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai annoncé à mes parents que j’étais littéraire. Mon père était furieux, il m’avait même qualifié comme la risée de la famille, tandis que ma mère ne savait plus où se mettre. Même si j’étais soulagé de ne plus avoir à faire semblant, je savais que la route serait longue et que la honte d’être trop différent pour eux mettrait du temps à disparaître.

Mais aujourd’hui, je n’ai plus honte. J’ai bientôt trente ans, un appartement en ville, et le projet d’ouvrir ma propre librairie. J’avais eu l’impression que ma vie était finie après tous mes échecs, mais, en réalité, elle ne faisait que commencer. J’avais juste pris mon temps. Je suis un raté, oui, mais un raté heureux.


Posts récents

Voir tout
Travailler sur son trauma.

Pendant longtemps je suis restée traumatisée par le souvenir d’un pantalon baissé pendant la cour de récré. Pensées un peu trop obsédées...

 
 
 
Le petit rôle

Le sourire pincé et l’air guindé je me complaisais dans une existence végétative qui avait le luxe de m’épargner l’embarras des besoins....

 
 
 
ma première fois

Il paraît que les premières fois ne sont jamais bien, voire, à oublier. Certains sont plus veinards et arrivent à marquer les esprits à...

 
 
 

Comments


bottom of page