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Les danseurs du dimanche soir

  • Photo du rédacteur: Louise
    Louise
  • 29 nov. 2022
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 déc. 2022

La lune en arc de cercle. Une lumière essoufflée par la pollution.


Un florilège de regards fluorescents tournés vers soi. Les chats qui détalent sur ton passage.


Des coffres remplis de trésors chlorophylles. Des plantes grasses élimées par l’urine dans des bacs de béton.


Des ombres prises en otages par le monument de la place centrale. Des chaises empilées, enchaînées à une croix.


La joie de l’étrange, la tristesse de la réalité. Devant moi se dressaient bâtiments et personnes, insupportables dans leur mutisme, leur indifférence au malheur.


La lumière du crépuscule, demi-teinte par demi-teinte, s’était retirée de la place, aspirée par le ciel. Un groupe sur la terrasse du bar un dimanche soir. Des danseurs. Tout juste sortis d’une générale. La pâleur de leur peau anémiée. Certains le regard flottant et la bouche sèche, odeur des opiacés. D’autres aux visages empourprés, effets secondaires de la cortisone ou des muscles enfin froids. Des rangées de longues cuisses crème étirées sous les tables crasseuses. Des lainages couleur chair qui ceignaient leurs reins. La récente lumière des lampadaires carminait leur visage. Épaves d’eux-mêmes, les paillettes ne les camouflaient pas. Leurs globes oculaires se poudraient d’un scintillement rose. On distinguait l’aristocratie des solistes et la jalousie du corps.


Les premiers sentaient le camphre et le menthol, ces onguents appliqués aux tendons enflammés par des années de perfection. Des guêtres en laine grise. Des colonnes vertébrales en compétition avec la verticalité de l’église. Mentons pointés que l’ivresse n’asservissait pas. Ils étaient assis aux extrémités de la table tenus en bon généraux.

Le corps de ballet quant à lui sentait la frénésie. D’abord le coryphée. Un regard de chaton obséquieusement doux. À défaut d’avoir la maîtrise du corps des solistes il avait celui des apparences. Enfin les quadrilles. Deux paires de collants superposés pour cacher un début de cellulite. Plusieurs toujours avec des écouteurs. Un brin de révolte dans les détails. Le costume de scène détourné par un chapeau porté plus bas. Une résille déchirée par endroits. Un double gin au milieu des gins tonics. Ces cœurs de fer fixés aux roses poudrées.


Pour la beauté du spectacle, pour déjouer la vérité, malgré le mercure fou d’un thermomètre dans la poitrine, leur visage continuaient de répéter, tenu depuis toujours à un sourire contractuel.


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