Souvenir 1
- Capucine
- 23 nov. 2022
- 2 min de lecture
« Notre train arrive en gare Limoges Bénédictins. Avant de descendre, assurez-vous de ne rien oublier à bord. Pour votre sécurité… »
Je n’ai pas écouté la suite. J’ai décollé mon front de la vitre, ai attrapé le sac à mes pieds, l’ai posé sur mes genoux. Et j’ai attendu que ma voisine à ma droite fasse de même et se lève. Apparemment, nous descendions à la même gare. Nous nous sommes dirigées toutes les deux vers la porte alors que le train roulait encore et nous avons patienté là.
Le quai est apparu par la vitre, et l’ombre de la gare a happé le wagon alors que nous passions en dessous.
Je me suis faufilée dans un angle du sas pour que les gens s’agglutinent avant moi devant la porte, qu’ils l’ouvrent et se déversent hors du compartiment sans que je sois prise dans la cohue.
Quand tout s’est calmé, je suis descendue. La marche était haute.
C’était venteux, sombre, et humide, alors que l’été battait son plein. C’était la première fois que je voyais la gare Limoges Bénédictins de l’intérieur. J’ai cherché la sortie en pensant que c’était étrange de commencer à faire connaissance avec un lieu depuis ses entrailles.
J’ai trouvé un double escalier à quelques mètres de là où j’avais pris pieds. Les marches montaient jusqu’à un palier où elles prenaient un virage à quatre-vingt-dix degrés pour gagner le cœur de la gare.
Le bâtiment a dévoilé son ampleur d’un coup quand je suis arrivée dans le hall. C’était inattendu, sans transition. Les quais bas de plafond et les escaliers étroits ne préparaient pas à cette ouverture et à cette lumière. Je suis restée là une minute à regarder, mais je crois bien que je n’ai rien vu. Mon esprit était absorbé par autre chose, je n’ai retenu que l’espace et la clarté.
J’ai traversé le hall. À travers les portes, juillet et sa lumière crue avaient l’air de me tendre les bras depuis l’extérieur. On pouvait comprendre qu’il faisait chaud rien qu’à la dureté de ce soleil qui cognait contre le bitume du trottoir. Mais la chaleur ne m’a jamais si peu dérangée que ce jour-là. C’était mon premier jour seule sur Limoges, mon premier jour en tant qu’étudiante de master d’écriture, premier jour en tant qu’adulte. J’avais une espèce d’euphorie dans le creux du ventre, tout me paraissait beau, intéressant, simple.
J’ai pensé que la gare était un lieu idéal, pour un premier pas dans une nouvelle vie.
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