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Souvenir 2

  • Photo du rédacteur: Manon
    Manon
  • 25 nov. 2022
  • 3 min de lecture

Ce moment restera l’un des plus fous que j’ai pu vivre. Nous sommes le 11 novembre 2018 à Jarnac. Au départ de la course, le ciel est très menaçant. Je suis stressée. Je n’ai jamais couru une telle distance. Mais c’était mon but, mon objectif. La peur m’aurait incitée à faire demi-tour mais il est trop tard pour faire machine arrière. Je ferme les yeux et remonte le temps.

Onze mois plus tôt, je finissais mon énième dix kilomètres du canal. Mon coach attendait patiemment à l’arrivée et me souriait, content pour moi. Je n’avais jamais été aussi rapide. Dans l’euphorie de ma course, je me voyais déplacer des montagnes. L’après-midi même, j’annonçais fièrement à mon père : « C’est décidé, pour mes dix-huit ans, je ferai un semi-marathon. ».

La voix du speaker me ramène peu à peu à la réalité. Je suis là, sur la ligne de départ. Trop d’énergies ont été dépensées pendant cette préparation. Je place un écouteur à chaque oreille et lance ma playlist, conçue tout spécialement pour l’occasion. Je me rappelle une dernière fois les conseils de mon père : ne pas partir trop vite et gérer mon souffle et mon temps. C’est mon premier semi-marathon, je ne dois pas me mettre de pression. Ma montre est prête à être déclenchée. J’entends, de loin, le décompte du speaker. La course démarre. Vingt-et-un kilomètres cent à parcourir. Je fais attention à mon souffle, me cale sur la musique. Une musique douce qui pourrait presque me bercer. Je pars une nouvelle fois dans mes souvenirs.

Neuf mois plus tôt, mon père m’annonçait qu’il voulait faire un marathon. Est-ce que j’étais vraiment prête à me lancer dans un semi-marathon ? Oui. Cet objectif était devenu une obsession. Où ? Quand ? Comment m’entraîner ? Nous regardâmes ensemble où nous pouvions faire un marathon sur route. Le plus près et dans un futur raisonnable, était le Marathon du Cognac. C’était décidé. Nous allions participer à cette course. Mon père, plus habitué à de longues distances, me mit en garde. La préparation serait longue et difficile. Excitée à l’idée de relever le défi, je lui dis oui, sans vraiment me soucier de ce détail. Mon père m’indiqua qu’un entraînement régulier serait l’unique condition de ma participation. Cela voulait dire trois entraînements par semaine. Mais je m’en moquais. J’allais faire mon premier semi-marathon à dix-sept ans.

Les kilomètres défilent. L’ambiance est très festive. Nous passons dans des chais, sur le bord des vignes. Plus je me rapproche de l’arrivée, plus je m’encourage à finir. Mes poumons commencent à me brûler mais j’oublie vite cette douleur si connue. Je me laisse porter par la musique. Les adultes nous applaudissent et leurs enfants nous tendent la main pour que nous tapions gentiment dedans. Je regarde ma montre, c’est déjà le dernier kilomètre. J’accélère, jetant mes dernières forces, grisée par l’ambiance et l’excitation d’avoir relevé ce défi qui paraissait insurmontable. Je souris, heureuse. Je dépasse plusieurs personnes et accélère encore. En bas, la ligne d’arrivée. Je m’approche. Je vois ma sœur et ma mère qui nous attendent, mon père et moi, à l’arrivée, sous un parapluie. La pluie se fait toujours aussi forte. Mes chaussures sont trempées.

Deux heures plus tard, mon père finit son marathon. « Tu as mis combien de temps ? » demande-t-il, essoufflé par l’effort. « Deux heures quinze. » Il me regarde en souriant et me dit : « Quinze minutes de moins que ce que tu t’étais visée. ». Ma joie est encore plus grande de voir la fierté de mon père à l’arrivée. Nous regardons nos classements respectifs. Première cadette. Je serai sur le podium. Je regarde si je n’étais pas la seule de ma catégorie. Je suis euphorique. La deuxième cadette est arrivée dix minutes après moi.

Je me souviens de tous ces moments où j’avais pesté parce que je ne voulais pas aller m’entraîner, en montant sur l’estrade où un grand sportif attendait pour me remettre mon prix. En fin de compte, tout effort mérite vraiment récompense.


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