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- Le roi de Vespara (5/7)
Acte IV, scène 1 : Dix ans plus tard… Une terre de désolation (Chansons : Personne au monde, Notre monde est tout petit, Sur le pont d’Avignon) Dix ans s’étaient écoulés à Vespera depuis qu’Onyxia était devenue reine du royaume aux terres sombres. Le pays… était vraiment dans un état déplorable. Une terrible sécheresse s’était installée, rendant l’eau et la nourriture plus rares que jamais. Quant aux sorcières des Terres Interdites, elles s’étaient installées sur Vespera aux côtés des vampires, rendant impossible pour tout le monde de manger chaque jour à sa faim ! Par ailleurs, le côtoiement des deux peuples occasionnait des tensions sans fin, mais sans solution valable. Aujourd’hui, Onyxia s’était retirée dans le palais de Vespera, non loin du Rocher des Vampires, comme elle le faisait si souvent depuis le début de son règne. Elle était occupée à aiguiser la pierre d’onyx de son bâton, favorisant sa magie et la rendant plus que redoutable pour la chasse. Améthyste, dans sa prison de pierre située près de la reine, chantait tristement. Mais d’ailleurs, que faisait-elle là ? En fait, peu de temps après le couronnement d’Onyxia, une crainte l’avait vite gagnée : en raison de leurs mauvaises relations passées, la souveraine avait commencé à avoir peur que la conseillère royale ne retourne les vampires contre elle… Alors, elle a ordonné secrètement à son trio dévoué de sorcières de construire une prison de pierre pour y enfermer Améthyste. Et pour faire bonne mesure, elle avait jeté un sort à la prison pour que la magie ne puisse pas avoir d’effet pour espérer une possible libération. Le jour où Onyxia avait jeté Améthyste dans son cachot, la rage de celle-ci avait vite laissé place à une soumission teintée de désespoir. Et aujourd’hui encore, son chant mélodieux était empli de désolation : Améthyste (agrippée à un des barreaux, voûtée) : Personne au monde, Ne connaît ma peine ! Personne au monde, Ne m’aime… Onyxia (agacée) : Oh Améthyste, un peu plus d’enthousiasme ! (Envoie une boule d’énergie éclater sur les barreaux pour provoquer la jeune femme) Tu n’aurais pas quelque chose d’un peu plus entraînant ? Améthyste (exaspérée) : Ah, comme le monde est petit… ! Onyxia (l’interrompt, furieuse) : NON, non ! Tout ce que tu veux, sauf ça… Améthyste (soupire avant de rechanter) : Sur le pont d’Avignon, On y danse, on y danse ! Onyxia et Améthyste (prenant un crâne de cerf) : Sur le pont d’Avignon, On y danse tous en rond ! Améthyste (soupirant et parlant toute seule) : Ah, jamais on n’aurait osé me demander ça du temps du roi Eden… Onyxia (folle de rage, se précipite sur la prison) : QUOI !? Quoi, qu’est-ce que tu as dit ?! Améthyste (terrifiée) : M… m… moi ? Rien… Onyxia (avec sévérité) : Tu connais la règle : jamais, jamais, on ne prononce son nom en ma présence ! JE suis la reine ! Améthyste (tentant maladroitement de se rattraper) : Oui Majesté, vous êtes la reine et… et je n’ai mentionné ce nom que pour illustrer les différences de vos méthodes avec votre predecesseur pour gouverner, héhé… Soudain, une voix grinçante vint interrompre la discussion : Voix de Grifcia (au loin) : Hé patronne ! Onyxia (avec agacement) : Oh, qu’est-ce qu’il y a encore ? Grifcia (s’approchant d’elle) : Y’a un os pour le dîner ! Fritcia (l’interrompant) : Laisse, je m’en occupe. (S’adresse à la reine) Onyxia, y a rien à boire, rien à manger. Grifcia (d’une voix mécontente) : Ouais ! C’est l’heure de la bouffe et on n’a rien à se mettre sous la dent ! Onyxia (dans un soupir exaspéré) : Ce sont les servantes du château qui ont pour mission d’aller à la chasse, ah… Grifcia (plaintive) : Mais elles y sont pas allées ! Onyxia (lasse) : Bon, mangez Améthyste ! (Désigne la prison) Améthyste (terrifiée) : Oh non, vous n’aimeriez pas ! Je suis maigre, trop maigre pour vous. Avariée. (Riant avec frayeur) Hihi… Onyxia (ricanant) : Enfin Améthyste, ne soit pas ridicule ! Faible comme tu es, tu ne servirais que de garniture. Grifcia (chuchotant à Fritcia) : Quand je pense qu’on se plaignait d’Eden… Onyxia (se retourne, furieuse) : Qu’est-ce que tu as dit ?! Grifcia : J’ai dit qu’Ed… (Coup de coude dans les côtes par Fritcia pour l’empêcher de faire une gaffe) Euh… Je… J’ai rien dit du tout ! Onyxia (plus calme) : Bon. Sortez d’ici. Le trio se dirigea vers la sortie de la grotte mais Grifcia se retourna. Grifcia : On sort, mais on a toujours faim… Onyxia (perdant patience) : DEHORS !! Aussitôt, les trois sorcières détalèrent sans demander leur reste ! Fin de la scène 1. Acte IV, scène 2 : Des souvenirs douloureux. Dans une lointaine forêt, au cœur de la nuit… Une boule de lumière partit dans les airs et éclata au-dessus de la forêt. Quartz (allongée dans l’herbe avec Cosmo et Ténèbre) : Oh, pas mal celle-là Cosmo ! Cosmo (avec un sourire malicieux) : Merci. Mes amis, je suis gavé ! Ténèbre : Moi aussi, j’avais une faim de vampire ! Cosmo (un rien narquois) : C’est normal : tu es un vampire. Ténèbre (surpris) : Ah oui ? C’est vrai… Le trio (dans un bâillement collectif) : Aaaaah… Eh oui, Cosmo vivait toujours à Elementa avec Quartz et Ténèbre ! Il avait à présent 18 ans et était devenu un très beau jeune homme. Il n’avait pas trop changé, hormis le fait qu’il n’était plus un petit garçon désormais, mais bien un adulte. Lui, Quartz et Ténèbre regardèrent pensivement les étoiles dans le ciel puis, le vampire adulte finit par briser le silence : Ténèbre : Quartz ? Quartz : Oui Ténèbre ? Ténèbre : Tu t’es déjà demandé ce que c’était ces petits points brillants, là-haut ? Quartz (avec évidence) : Je me pose même pas la question, je sais ce que c’est ! Ténèbre (intrigué) : Ah bon ? Et c’est quoi selon toi ? Quartz (tendant sa main droite vers le haut) : Des lucioles Ténèbre. Ce genre de ver qui reste collé la nuit dans le ciel. Ténèbre (d’une petite voix) : Ah, tiens… Moi, je pensais que c’était des bulles de gaz qui brûlaient à des millions de kilomètres de nous. Quartz (baillant à nouveau) : C’est vraiment une étrange idée… Ténèbre (s’adressant à Cosmo) : Cosmo, qu’est-ce que tu en penses ? Cosmo (un peu gêné) : Moi… ? Je n’en sais rien… Quartz (insistante) : Oh allez, sois sympa, dis-nous ce que tu penses ! Cosmo (tente d’esquiver) : Non vraiment, je… Ténèbre (insistant lui aussi) : S’il te plaît Cosmo ! Cosmo (hésitant) : Eh bien… Quartz (avide d’en savoir plus) : Oui ? Cosmo (le visage pensif) : On m’a dit une fois… que c'étaient les grands monarques du passé… et qu’ils nous protégeaient… Ténèbre (impressionné) : Ah oui ? Quartz (d’une voix plutôt sceptique) : Quoi, des macchabés de rois seraient là en train de veiller sur nous ? La jeune femme fut alors prise d’un fou rire incontrôlable, tout comme Ténèbre. Cosmo tenta de s’y forcer pour ne pas perdre la face mais au fond de lui, il était vexé. Quartz (qui riait toujours) : Mais qui t’a raconté une histoire pareille ? Cosmo (tentant de garder le sourire) : C’est… C’est étonnant, hein ? Quartz : Oh, je suis morte de rire ! Hahaha ! Cosmo (d’une petite voix) : Oui… Il regarda de nouveau le ciel et soudain, sa colère se changea en tristesse. Il repensa alors à son père et sentant les larmes lui piquer les yeux, il se leva et s’éloigna de son frère et de sa sœur adoptifs pour rejoindre le bord de la falaise. Quartz (ennuyée) : Euh… J’ai dit quelque chose qu’il fallait pas ? Au bord de la falaise, Cosmo leva les yeux vers le ciel et une foule de souvenirs ressurgirent en lui. De désespoir, il tomba à genoux et laissa couler ses larmes tandis qu’une nuée de pétales de fleurs s’envola à travers le ciel… Fin de la scène 2. Acte IV, scène 3 : Une révélation. Pendant ce temps, à Vespera, Donatella regardait l’horizon qui lui apportait le vent de l’ouest, assise sur les plus hautes branches du chêne. Le vent transportait des pétales de fleurs et la magicienne leva une main pâle et ridée pour en attraper une poignée. Elle respira le parfum des pétales puis s’empressa de redescendre de l’arbre afin de les lire et de découvrir la signification de leur venue. Une fois à terre, Donatella les mélangea dans un bol d’améthyste puis le secoua doucement. Elle se prit ensuite une prunalline qu’elle brisa en deux et mangea une première bouchée tout en consultant les pétales. Brusquement, elle lâcha sa prunalline et regarda le bol, abasourdie. Donatella (n’arrivant pas à y croire) : Cosmo… (Regarde le tronc du chêne et plus précisément, le portrait du prince enfant) Il est vivant… Il est vivant ! Folle de joie, elle se précipita sur son bâton puis se dirigea vers le tronc du chêne avant de se concentrer pour lire le futur, n’ayant pas exercé la pratique des prémonitions depuis un très long moment. Quand elle eut fini, elle prit ses coques de prunallines remplies de peinture et ses pinceaux puis peignit Cosmo dans la joie. Les couleurs ne tardèrent pas à prendre vie sur le tronc. Donatella (satisfaite) : C’est l’heure ! C’était l’heure pour Cosmo de regagner le trône et de devenir roi ! Fin de la scène 3. Acte IV, scène 4 : Une rencontre bouleversante. (Chanson : Hakuna Matata, Quand soudain l’amour est là) Tout commença à Elementa : Quartz et Ténèbre faisaient une promenade en amoureux, sans Cosmo à leur côté, occupé à faire la sieste. Tout comme Ténèbre, le jeune vampire s’était habitué à ne dormir que quelques heures le jour, restant éveillé la nuit avec son frère adoptif et protégeant ensemble Quartz durant son sommeil. Donc, pendant que Cosmo faisait sa petite sieste quotidienne, le couple faisait leur promenade… en chanson ! Ténèbre : Hakuna Matata ! Quelle formule épatante ! Quartz : Hakuna Matata ! Quel idée démente ! Soudain, Ténèbre vit un papillon aux couleurs chatoyantes et s’éloigna de Quartz qui ne se rendit compte de rien. Quartz : C’est vivre sa vie ! En faisant ce qui vous chante ! (Parle à son amant sans voir qu’il était parti) Eh Ténèbre, je t’entends pas, chante plus fort ! (Se remet à chanter) La philosophie ! Du sans soucis ! Hakuna Matata… (Se rend enfin compte que Ténèbre a disparu) Euh… Ténèbre ? Ténèbre ! Ce dernier s’était éloigné de sa compagne afin d’attraper le papillon qui était passé devant lui auparavant. Comme le fragile insecte ne volait pas bien vite, le vampire le suivit facilement. Connaissant l’amour que Quartz portait justement aux papillons, il comptait bien l’attraper pour l’offrir à celle qu’il aimait. À un moment, il se coucha à plat ventre pour que l’insecte ne se rende pas compte de sa présence. Cependant, quand il sauta au-dessus d’une souche, il se rendit compte qu’il s’était éloigné de son territoire habituel. Ténèbre (surpris et inquiet à la fois) : Quartz ? Personne ! Le vampire l’ignorait mais il était arrivé à la limite de la frontière séparant Elementa de Vespera… Haussant les épaules, il se décida à continuer son chemin. Le papillon s’étant arrêté sur une pierre, Ténèbre se redressa lentement avec satisfaction, prêt à l’attraper. Mais l’insecte s’envola de nouveau et là, Ténèbre vit une silhouette qui agitait les hautes herbes sombres de Vespera et entendit un grognement qui résonna en lui d’une manière terriblement familière… Ténèbre (dans un hurlement de terreur) : AAAAAAAAH !!! Une jeune fille blonde armée d’un bâton argenté sortit des fourrées en courant, prête à se jeter sur sa proie. Complètement paniqué, Ténèbre trébucha, se releva en vitesse et prit la fuite. Bien qu’il courait vite, la mystérieuse jeune fille le poursuivait également à une vitesse affolante. Il était évident qu’elle voulait l’attraper dans un but très précis : le dévorer ! Pendant ce temps, Quartz avait entendu le cri et ayant reconnu la voix de Ténèbre, elle se précipita vers la direction où le son lui avait paru le plus proche pour le sauver. Quartz (inquiète) : Ténèbre, où es-tu ? Soudain, le vampire surgit devant l’élémentaire mais posa son pied sur un piège qu’il avait fabriqué avec Quartz pour attraper les quelques animaux qui se trouvaient ici. Il se retrouva alors suspendu au-dessus du vide ! Quartz (étonnée) : Mon amour ! Mais qu’est-ce qui te prends ? Ténèbre (épouvanté) : ELLE ESSAYE DE ME MANGER !!! Quartz (interloquée) : Quoi ?! L’élémentaire regarda à droite et vit la jeune fille blonde qui se précipitait vers eux ! Quartz (comprenant le danger) : Houlà ! (Se met à tirer sur la liane pour la briser) Ne t’inquiète pas Ténèbre ! Il suffit de détruire le piège et… (La jeune fille leur saute dessus) AAAAAAAAAAAH !!! Alors que le duo pensait être fichu, Cosmo surgit brusquement ! Lui aussi avait entendu le cri de Ténèbre et s’était précipité au secours de son frère et de sa soeur de coeur ! Il sauta sur la jeune fille qui eut l’air stupéfaite de cette intervention inattendue et ils commencèrent à se bagarrer férocement à même le sol. Quartz s’empresse de rassurer Ténèbre : Quartz : Ne te fait pas de soucis mon amour, tout se passe très bien ! (Se met à encourager Cosmo) Mords-lui le cou ! Frappe dans le ventre ! Mets-la KO, mets-la KO !! (Se tourne vers Ténèbre) Je te l’avais dit qu’avoir un deuxième vampire avec nous n’était pas une mauvaise idée ! Finalement, la jeune femme aux cheveux roses parvint à briser la liane et Ténèbre s’effondra au sol, évanoui sous l’effet de l’émotion. Et pendant que l’élémentaire s’acharnait à le réanimer, Cosmo continuait à se battre avec ardeur contre la mystérieuse inconnue, prêt à tout pour protéger Quartz et Ténèbre. Les deux jeunes vampires roulèrent finalement au sol et à sa grande stupeur, Cosmo se retrouva bloqué sur le dos par la jeune fille blonde. Jamais aucune femelle vampire n’aurait pu accomplir un tel exploit, vu la force qu’il possédait ! Personne… sauf… Cosmo (soudain abasourdi) : Crystal ? Surprise, la jeune vampire perdit son air agressif et s’éloigna de cet inconnu qui, apparemment, devait la connaître puisqu’il venait de prononcer son prénom ! Cosmo (avec espoir) : Crystal, c’est bien toi ? Crystal (légèrement effrayée) : Qui êtes-vous ? Cosmo : Tu ne me reconnais pas ? C’est moi ! Cosmo ! Crystal (surprise) : Cosmo ? Il hocha la tête et là, elle se mit à hurler de joie ! Crystal (irradiant de bonheur) : Aaaah !! Cosmo (la prend dans ses bras et la fait tournoyer) : Oh oui ! Crystal (également stupéfaite) : Mais comment as-tu survécu ? Cosmo : Oh Crystal, si tu savais comme je suis heureux ! Quartz (interloquée) : Eh, qu’est-ce que c’est que ce cirque ? Mais le duo ne l’entendit pas à cause de la joie de leurs retrouvailles. Incroyablement contrariée, l’élémentaire s’approche d’eux et se mit à hurler : Quartz (presque furieuse) : EH !! QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE CIRQUE !!! Cosmo : Quartz, je te présente Crystal ! C’est ma demi-sœur et mon amie d’enfance ! Quartz (surprise) : Ta demi-soeur ? Cosmo (joyeux) : Oui ! (Se tourne vers Ténèbre). Eh Ténèbre ! Viens un peu là ! (Se réveille enfin et vient vers Cosmo) Ténèbre, je te présente Crystal. (Se tourne vers sa demi-soeur) Crystal, Ténèbre. Ténèbre (rassuré) : Je suis ravi de vous rencontrer ! Crystal (avec un doux sourire) : Le plaisir est pour moi ! Quartz (les interrompant) : Attendez un peu ! Comment… Il faut que je me concentre ! La jeune femme poussa un soupir avant de se lancer dans son discours, désignant successivement, Crystal, Cosmo et Ténèbre : Quartz : Tu la connais, elle te connait mais lui, elle veut le manger et tout le monde trouve ça très naturel ? (S’énerve) J’exige de comprendre ! Cosmo (tente de la calmer) : Allons, Quartz ! Crystal (s’adressant à Cosmo) : Et quand tout le monde saura que tu étais ici ! (Pousse un soupir moralisateur) Qu’est qu’ils vont tous dire… Tu y as pensé ? Cosmo (soudain inquiet) : Ils ne doivent pas savoir… Il ne faut pas qu’on le sache… Crystal (protestant) : Mais bien sûr que si, tout le monde te croit mort ! Cosmo (surpris) : Ah… Ah bon ? Crystal (baisse les yeux tristement) : Oui… Onyxia nous a parlé du troupeau… Cosmo (tremblant intérieurement) : Ah et… Qu’est-ce qu’elle a dit d’autre ? Crystal (change de sujet) : Peu importe, tu es en vie ! Et ça, ça veut dire… (Son visage s’illumine) Que c’est toi le roi ! Cosmo eut l’air soudain paniqué tandis que Quartz se fit légèrement narquoise : Quartz (se moquant gentiment de Crystal) : Le roi ? Veuillez m’excuser ma chère, mais Cosmo ne peut pas être roi ! Ténèbre (plus impressionné) : Le roi ? (S’abaisse aux pieds de Cosmo) Votre Majesté, je me prosterne à vos pieds ! Cosmo (s’écartant, mal à l’aise) : Ça suffit ! Quartz (s’approche de son amant) : Ténèbre enfin, ne t’abaisse pas comme ça ! Et puis rien ne nous dit que c’est le roi ! (Se tourne brusquement vers Cosmo, abasourdie) Attend, tu es le roi ?! Cosmo (protestant) : Non ! Crystal (protestant aussi) : Cosmo ! Cosmo (s’éloignant un peu) : Non, je ne suis pas le roi ! Peut-être que dans le passé, j’aurais pu mais… Il est trop tard… Quartz (tentant de s’y retrouver) : Attend, il faut que je réfléchisse… Tu es le roi… et tu ne nous l’as jamais dit ! Cosmo : Roi ou pas, je suis pareil ! Quartz (insistante, le poing levé) : Avec le pouvoir ! Crystal (les interrompant gentiment) : Vous pourriez nous laisser seuls un moment ? Quartz : Euh… Cosmo, si elle a quelque chose à dire, elle peut le faire devant nous, hein ? Cosmo (réfléchissant un peu) : Hum… (Tranche et chuchotant avec un petit sourire désolé) Soyez gentils, laissez-nous. À ces mots, Quartz se décomposa de dépit et se vexa : Quartz (levant légèrement les bras au ciel) : Classique… On croit bien le connaître et puis… Pfff… Elle et Ténèbre s’en allèrent, laissant Cosmo et Crystal seuls. Cosmo (avec un léger rire) : Ils sont un peu étranges mais… Ils sont adorables… Cependant, il s’interrompit quand il vit l’air étonnamment triste de Crystal. Elle aussi avait beaucoup grandi mais elle avait toujours ses longs et beaux cheveux blonds ainsi que ses grands yeux bruns qui, à cet instant-là, semblaient comme voilés… d’une certaine mélancolie. Inquiet, il la questionna sur ce qui la rongeait : Cosmo (s’approchant de Crystal) : Eh ! Qu’est-ce qui ne va pas ? Crystal (relevant les yeux, tristement) : C’est comme si tu ressuscitais… Tu ignores ce que cela veut dire pour tout le monde ! Et ce que cela veut dire pour moi… Cosmo (voulant se faire rassurant) : Ne t’inquiète pas, ça va aller… Crystal (enlaçant Cosmo par surprise) : Tu m’as tellement manqué ! Cosmo (rendant l’étreinte de Crystal) : Toi aussi tu m’as manqué. Pendant qu’ils s’enlaçaient, deux personnes les observaient : Quartz et Ténèbre ! L’élémentaire avait convaincu son compagnon de rester cachés dans les fourrés pour voir ce qu’il allait se passer. Apèrs la courte disscussion entre les deux vampires, la jeune femme parut attristée et contrarié à la fois. Quartz (tout bas) : Pff… Honnêtement Ténèbre, ça ne va pas du tout ! Ténèbre (étonné) : Que veux-tu dire ? Quartz (montrant Cosmo et Crystal qui s’en allaient) : Mais enfin, je te parle d’eux ! Soupirant, Quartz ouvrit alors sa main droite puis la gauche à chaque mot qu’elle prononçait avant de joindre ses mains au dernier moment : Quartz : Lui, elle, l’amour… Ténèbre : Qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ? Quartz (commence à chanter) : C’est terrible, c’est affreux… Ténèbre (interloqué) : Quoi ? Quartz (tend ses bras, l’air énervée) : Et ils se moquent de tout ! Ténèbre : Qui ? Quartz (croisant les bras) : L’amour s’amène et nous, pauvres malheureux, Ils nous jettent tous les deux ! Ténèbre (comprenant tout) : Oh… Quartz : Sous les diamants des étoiles, Quel magique univers ! (Se blottit contre Ténèbre) Mais ! Dans cette romantique atmosphère… (Se redresse et étend son bras droit vers l’horizon, désemparée) Notre monde tourne à l’envers ! Pendant ce temps-là, Cosmo et Crystal se promenaient dans tout Elementa, descendant les rochers menant à une cascade, tout en se jetant des regards emplis de tendresse. Cachés dans les fourrés, la voix des esprits de l’amour semblait chanter une mélodie dans leurs âmes, mélodie se transformant en chanson : Voix des esprits : Quand soudain l’amour est là, Qu’au soir descend la paix ! Dans un élan de vie et d’harmonie, Le monde entier renaît ! Finalement, Cosmo et Crystal s’approchèrent du bord de la rivière où la jeune fille blonde se mit à boire avec avidité, agenouillée. Cosmo (pensée chantée tout en regardant Crystal) : “J’ai tant à lui confier mais, Pourtant, je n’ose pas… (Tristesse assombrissant son visage) Lui dire la vérité ? Ça non jamais ! Je la perdrais, je crois…” Crystal (s’arrête de boire et regarde Cosmo, inquiète) : “Qui sait ce qu’il me cache ? Pourtant, ses yeux me fuient… (Regard malicieux de Cosmo) Combien de temps avant que ne s’éveille, (Cosmo s’éloigne, surprenant Crystal) Le roi qui dort en lui ?” Soudain, le jeune vampire se jeta à l’eau, entraînant Crystal dans son jeu ! Effrayée et grelottante, la jeune fille sortit rapidement du lac, tout comme son demi-frère. Taquine, elle le poussa dans l’eau avant de se remettre à courir, ne tardant pas à être rejointe par Cosmo dans la forêt. Tous leurs gestes s’accompagnaient de la chanson que les esprits de l’amour avaient glissé en eux : Cosmo et Crystal : “Quand soudain l’amour est là, Qu’au soir descend la paix ! Dans un élan de vie et d’harmonie, Le monde entier renaît !” Tandis qu’une petite mélodie douce et amoureuse se faisait entendre dans l’air, les deux jeunes vampires glissèrent le long d’une falaise et soudain, Crystal sauta de façon ludique dans les bras de Cosmo et ils tombèrent ensemble en roulant le long d’une autre falaise, enlacés l’un contre l’autre. Une fois à terre, ils rirent d’abord de leur insouciance avant que Crystal ne s’enhardisse davantage et dépose un baiser sur la joue de Cosmo. Celui-ci eut un léger sursaut et regarda sa partenaire avec surprise, étonné du regard séducteur qu’elle lui renvoyait. Mais très vite, il se laissa captiver par la beauté de Crystal ainsi que par la perceptible atmosphère de désir qui planait dans l’air… Soudain, sans qu’ils comprennent ce qui leur arrivait, le couple s’échangea un baiser, un véritable baiser empreint d’amour et de tentation. Un deuxième baiser suivit puis un troisième puis d’autre encore… Le désir se fit plus lourd, les caresses devinrent plus osées, le besoin de se compléter l’un en l’autre plus frénétique et enfin, les deux amants s’unirent sous le ciel nocturne d’Elementa, leur amour brillant sous les étoiles. Cosmo et Crystal (perdus dans le plaisir) : “Quand soudain l’amour est là ! Pourquoi chercher plus loin ? En se jouant des brumes et de la nuit, Il nous tend la main !” La relation fut longue, intense et passionnée. Sur le point de défaillir de plaisir, Crystal ressentit soudainement une brève douleur à l’épaule qui lui fit atteindre son apogée dans un long gémissement bruyant. Cette douleur, c’était la morsure de Cosmo que réclamait ainsi la jeune fille comme sa compagne, chose que faisaient les vampires lors de leur premier rapport sexuel avec leur âme-soeur. Une morsure que Crystal s’empressa de rendre à son amant, qui atteignit à son tour le point culminant de son plaisir dans un cri rauque. Le couple s’effondra au sol, l’un à côté de l’autre, à bout de souffle et rassasié de délice. Leurs esprits eurent pourtant encore assez de force pour achever la chanson qui avait conduit à la découverte de leurs véritables sentiments amoureux : Crystal : “Et si l’amour s’empare de lui ? Comme il s’empare de moi !” Cosmo : “Il suffit, Pour ce cœur si loin de tout…” Cosmo et Crystal (s’enlaçant avec tendresse) : “D’être auprès… De toi…” Fin de la scène 4.
- Fin du monde
Écrire une microfiction à partir dutableau de David Hockney Le Parc des Sources, 1970. (consigne de Mme Milena Mikhaïlova) C’est la fin du monde, ça y est c’est reparti, la troisième Guerre Mondiale et tutti quanti ! L’holocauste nucléaire a terminé le travail commencé par la Covid19, c’est l’Over Killing, les champignons atomiques fleurissent comme des chrysanthèmes partout dans le monde pour mieux nous enterrer vivants, tout comme les drogues dures et le LSD. Bon sang, nous n’avons fait que nous détruire depuis tout ce temps ! Dieu au fond ne voulait plus de l’espèce humaine. D’ailleurs a-t-il un jour réellement voulu de nous ? De fait, il a plusieurs fois revu sa copie et ses rêves à la baisse pour repartir d’une page blanche et tout recréer, de nouveau ; il y a eu Adam et Eve, le Déluge et l’Atlantide avant nous. Au fond, nous ne sommes qu’un énième brouillon. Il est dépité tel un Prométhée moderne ou bien encore un scientifique devenu complètement fou devant sa créature protéiforme, assemblage de broc et d’os, devenue subitement incontrôlable, comme une pâle copie de lui-même. L’être humain est une espèce non viable. Nous sommes mal conçus et ce dès le début. Pour vivre, nous devons respirer, boire, manger et chier. Nous devons dormir aussi un certain nombre d’heures chaque jour pour ne pas risquer l’épuisement. Ce qui nous donne un désavantage certain sur les autres espèces. En sus, nous ne devons pas être soumis à un environnement trop agressif, au trop froid, au trop chaud, au soleil, aux UV, aux épidémies, aux virus. De plus tous nos composants organiques sont voués à l’obsolescence programmée. Nous sommes des productions divines biodégradables qui ne laisseront derrière elles aucune trace relevable au carbone 14. Nous sommes des êtres fragiles, avec une enveloppe corporelle molle entourant une ossature en dur. Alors qu’au final ce devrait être l’inverse pour pouvoir survivre dans ce monde-ci, parti en totale déliquescence. Certains dinosaures l’avaient compris en leur temps. Seulement eux aussi ont disparu, alors à quoi bon… Ne survivront après nous guère plus que les fourmis, les scorpions et les micro-bactéries. Tout le reste aura disparu ! Alors à quoi bon l’amour ? À quoi bon aimer ? À quoi bon donner à cette vie qui n’a plus de sens une nouvelle vie ? Un fils qui se fera tuer la première semaine au front, d’une balle entre les deux yeux. Autant ne plus se toucher, autant ne plus espérer. Regarde ! Tout autour de nous, les rues sont vides, les bancs se meurent de nous. Le parc est réduit au silence. Un silence de mort ! Toi aussi, tu ne parles plus. Je ressens tout comme toi que nous vivons pour de bon nos derniers instants. Je voudrais te tenir la main, te prendre dans mes bras, mais je n’en ai plus la force ni même le courage. Ce matin, à la radio et à la télé, les nouvelles étaient affligeantes. Notre humanité aura totalement disparu d’ici une dizaine de jours, et que restera-t-il alors pour tout reconstruire ? Plus rien, ni personne. Ni Adam, ni Eve, ni d’Arche de Noé, ni même de Dieu. Non, celui-ci a rendu les armes depuis longtemps. Il a compris son erreur et après tout, c’est tant mieux ! crédits : Tableau de Pieter Brueghel l’Ancien (1525 - 1569), La Dulle Griet (Margot l’enragée), 1562, Anvers, Museum Mayer von den Bergh, 117,4 x 162 cm
- Le rouge de mon pantalon
Écrire une microfiction à partir de l’affiche “Ils ont vu cela !” du premier numéro de la revue L’amour, dirigée par Frédéric Pajak (consigne de Mme Milena Mikhaïlova) Je ne suis pas sûre de ce qui m’est arrivé. C’est incroyable comme sensation. C’est bizarre comme effet mais tout s'est passé sans que je ne me rende pas compte. Pourquoi c’est à moi de baisser la tête ? pourquoi c’est à eux de se sentir dégoûtés ? Pourquoi je devrais ressentir la honte alors que je n’ai rien fait ? C’est eux et elles qui devraient se rougir de leurs réactions et non pas moi ! Ils ont vu cela et alors ? ce n’est jamais arrivé auparavant à leurs sœurs, à leurs mères ou à leurs tantes ? Quelle hypocrisie ! Quelle honte ! Honte de jouer devant moi les ‘’purs’’ et de me faire sentir ‘’impure’’. Dès que l’assemblée me voyait en pantalon blanc tacheté de gouttes rouges qui le décorent et qui marquent un tournant dans ma vie, une transformation dans mon physique. Mon physique qu’ils admirent, aujourd’hui, les grands et les petits, les jeunes et les vieilles, les femmes et les hommes. Ma taille de mannequin qui fait le défilé sous leur admiration sous les lumières éclatantes et habillée en vêtements dernier cri les touchent au cœur. Ils et elles m’envient de la chance que j’ai alors qu’avant ils et elles se moquaient de mes tâches rouges qui m’ont rendu une femme mûre, indépendante et sage. Sans ce rouge, je n’aurais pu jamais atteindre cette forte personnalité que j’ai et que je me vante de me construire malgré leurs regards hostiles et dégoûtés qui me poursuivaient chaque fois que je fais tomber mes vêtements sous la douche. Oui ! Le rouge m’a assignée mais il ne m’a pas achevée : il m’a formée. Ils ont vu ce rouge un jour et s’en moquaient une éternité. Maintenant, ils et elles me voient et se rappellent ce jour honteux qui est une tare ineffaçable sur leurs fronts et me permet de les distinguer des autres créatures de la terre. Je parie même qu’ils espèrent, maintenant, si un cas pareil leur est venu pour qu’ils se transforment en un être nouveau, un être fabuleux, un être magnifique comme je le suis, moi, aujourd’hui.
- Ils ont vu cela !
Écrire une microfiction à partir de l’affiche “Ils ont vu cela !” du premier numéro de la revue L’amour, dirigée par Frédéric Pajak (consigne de Mme Milena Mikhaïlova) Ils ont vu cela ! Rebondissement inattendu dans l’affaire du quadruple homicide de Brive ! C’est une info exclusive concernant la tragique affaire criminelle du moment : le quadruple assassinat de la famille Maury ! Hier soir, une source confidentielle nous a révélé que le couple ayant appelé la police peu de temps après le crime, M. et Mme Dupuy, serait en réalité des témoins essentiels dans cette affaire de choc ! Rappelons les faits : le 17 mars 2022, aux alentours de 21h, M. et Mme Maury et leurs deux enfants, Marc et Alicia Maury, ont été assassinés par balle dans la maison familiale, au 24 rue des Rosiers. Quelques minutes après cet effroyable crime, la police a été avertie par un couple de passants, M. et Mme Dupuy, de l’incident. Mais ce qu’on ignorait jusqu’alors, c’est que le couple aurait en fait assisté à la fuite des coupables et découvert en premier le corps des victimes ! L’un de nos confrères a pu recueillir les confidences M. et Mme Dupuy à propos de ce dont ils ont été témoins : “En réalité, nous n’avons pas assisté à grand-chose.” a déclaré Alexandre Dupuy. “Ma femme et moi faisions notre promenade habituelle du soir et quand nous sommes arrivés au niveau de la rue des Rosiers, nous avons vu deux silhouettes sombres quitter précipitamment la maison des Maury. J’ai eu le temps de voir un éclat dans la main de l’un d’entre eux : je suis presque certain qu’il devait s’agir d’un pistolet ou au moins d’une arme en métal.” “Ces individus sont partis si vite qu’ils n’ont pas prêté attention à nous.” nous raconte ensuite Marguerite Dupuy. “Mon mari et moi avons décidé de sonner à la maison des Maury pour nous assurer que tout allait bien pour eux. Cependant, la porte avait été laissé ouverte et quand nous sommes entrés… C’était horrible ! M. Maury gisait dans le corridor, mort, le corps entouré d’une flaque de sang ! Je n’ai pas pu retenir un cri et Alexandre non plus. C’était tellement atroce… A ce moment-là, nous avons préféré appeler la police car on craignait de découvrir d’autres corps dans la maison.” A propos de leur étrange silence sur ces faits, pourtant essentiels sur l’enquête en cours, le couple nous a confié que jusqu’ici, c’était la peur qui les avait retenus : “En fait, nous étions terrifiés à l’idée que ces types puissent revenir pour nous abattre, mon mari et moi, si jamais on révélait à la police tout ce que nous avions vu ce soir-là.” a expliqué Mme Dupuy. “Cependant, on s’est vite rendus compte que l’enquête ne parvenait plus à avancer puisque la police avait écarté toutes les pistes explorées pour retrouver les tueurs des Maury. Et même si Marguerite et moi avions peur de nous mettre en danger, nous avions encore plus peur que les assassins puissent à nouveau frapper. C’est pour cette raison que nous avons décidé de raconter tout ce que nous savions aux enquêteurs.” conclut M. Dupuy. Avec ce témoignage inattendu, il est certain que l’affaire Maury va pouvoir reprendre son cours ! Mais qui étaient donc ces deux individus ayant fui la maison des victimes ? Et surtout, pour quelle raison ont-ils commis cet acte ? Plus d’infos à venir dans nos prochaines colonnes.
- Tao
Écrire une microfiction se terminant par “C’est tout ce qu’il voulait savoir”. (consigne de Milena Mikhaïlova) La première chose que la maman de Tao remarqua à sa naissance fut ses yeux, curieux. Tao passa son enfance à poser des questions à ses parents, des questions sur tout ce qu’il voyait, sentait et imaginait. Malheureusement, il n’existait pas assez de réponses pour endiguer ce flux constant. Devenu adolescent, Tao entendit parler d’une montagne lointaine où vivait un ermite qui, disait-on, connaissait la réponse à toute interrogation. Le garçon ne réfléchit pas longtemps avant de préparer un baluchon avec assez de vivres pour le voyage et de se mettre en route. Il ne savait pas depuis combien de temps il était parti de chez lui lorsqu’il s’engagea sur un chemin qui montait au cœur d’un sommet enneigé. L’escalade lui prit encore plusieurs semaines et au terme de son périple, il trouva une caverne creusée dans la pierre par la force de l’eau de pluie. Tao s’engagea dans la grotte étrangement chaleureuse pour se trouver face à face avec un vieil homme minuscule qui souriait de toutes ses dents. – Maître, êtes-vous le sage qui répond à toute interrogation ? – Je ne prétends pas tout savoir, mon garçon, je sais ce que la vie m’a enseigné. Pose-moi tes questions et nous verrons bien si j’en ai des réponses. Tao passa les journées suivantes à demander au vieil homme des explications aux pensées qui l’empêchaient de dormir la nuit. Au bout d’une semaine, alors que le flot ne s’était pas tari, l’ermite demanda à son jeune visiteur : « Si tu ne pouvais me poser qu’une seule question, quelle serait-elle ? » Tao prit un jour et une nuit pour réfléchir. Il réfléchit en cueillant les simples dont les deux hommes se nourrissaient et il réfléchit dans ses rêves. Les interrogations tournaient dans la tête de Tao, chacune prenait le relais d’une autre, chacune traversait tour à tour son esprit sans s’arrêter assez longtemps pour qu’il se décide à la poser. Le lendemain, il salua l’ermite et se décida. – Maître, voici ma question : quelle question dois-je vous poser ? Le sourire du vieil homme s’étira jusque dans ses pupilles. – Tu dois poser la question de la vie, mais pas à moi, à toi-même. Pose la toi sans en attendre de réponse. Celle-ci s’imposera à toi. Un jour. En attendant, vis. Tao quitta la montagne et l’ermite, l’esprit et le cœur confiants, mais encore plein d’interrogations. La rencontre avec le vieil homme n’avait qu’aggravé la crise de curiosité que traversait Tao. Il se trouvait dans l’œil du cyclone d’une tempête à sa naissance. Pour abreuver sa soif, Tao parcourut mers et océans. Il fit connaissance avec les baleines blanches, l’eau salée et les récifs coralliens. Encore affamé, il regagna la terre, s’adonna aux travaux des champs. Il bêcha, piocha, sema, arracha et cueillit les fruits du sol nourricier. Tao visita les plus grandes villes du monde et les oasis cachées, il étudia les matières du corps, de l’esprit et de l’âme. Et chaque connaissance lui ouvrait un univers de savoir toujours plus immense. Tao connut l’amour et la mort. Il rencontra des amis et des déceptions. Il eut des relations charnelles et platoniques avec des hommes et des femmes. Il se maria et s’établit bien que la petite boule bouillonnante lui tenaillait toujours l’estomac. Il eut un fils et une fille. Le premier ferma les yeux au bout de trois jours, la deuxième perdit sa vie, noyée, en même temps que la femme de Tao, dans un fleuve enflé de larmes amères. Mais la perte des aimés ne s’accompagna pas de celle du désir de savoir. Au contraire, Tao se demandait pourquoi. Pourquoi ? Pourquoi ? Pour trouver une réponse, Tao marcha. Il marcha longtemps sur tous les continents jusqu’à sa terre natale puis jusqu’au berceau de l’humanité. Il marcha inlassablement jusqu’à se trouver au pied d’une montagne qui semblait sortir d’un souvenir. Des jours durant, il emprunta un chemin qui serpentait jusqu’au sommet où se trouvait une grotte vide. Il s’installa à l’orée de la caverne et s’assit en tailleur devant le paysage qui s’étendait à l’horizon. Le matin venu, le premier rayon du soleil vint frapper Tao. Alors il se souvint d’un vieil homme dont il avait désormais dépassé l’âge. Il se souvint de l’ermite, de sa question et de sa réponse. Il avait vécu. C’est tout ce qu’il voulait savoir.
- Le roi est mort : vive le roi !
Un doux vent de folie s’est littéralement emparé de Limoges ce soir (ndlr le mardi 23 mars 2022), et plus précisément du Théâtre de l’Union avec la représentation de King Lear Syndrome ou les mal-élevés d’après la pièce en cinq actes de Shakespeare le Roi Lear, écrite en 1606 et quelque peu dépoussiérée par Elsa Granat. C’était vraiment jouissif que d’assister aux 3h15 de scène, même si on avait quelque peu envie de se dégourdir les jambes à la fin du spectacle et mal au cul. Mais comme on dit, il faut souffrir pour arriver au plaisir théâtral ! Et c’est donc chose faite, après un coït informel de presque cent quatre-vingt-quinze minutes menant à l’orgasme à la fois visuel, sonore et intellectuel, nous avons eu le bonheur d’assister à un final en apothéose digne des meilleurs feux d’artifice ou concerts de rock ! Musique entraînante et dark à souhait (surtout lors de l’envolée finale et ce moment déchaîné de tempête juste avant l’accalmie), comédiens au taquet (Lucas Bonnifait, Antony Cochin, Elsa Granat, Clara Guipont, Laurent Huon, Bernadette Le Saché, Édith Proust, Hélène Rencurel), dialogues et mise en scène aux petits oignons ! Tout était réuni pour nous faire passer véritablement un délicieux moment ! D’ailleurs le public ne s’est pas trompé, et le théâtre de l’Union affichait salle comble. Il en avait du reste pour son argent. Doux amalgame entre costumes élisabéthains et modernes. Problèmes et questions sur l’existence somme toute intemporels et problèmes de société actuels. Dialogues empruntés à la pièce originelle et langage très XXIème forcément plus léché pour ne pas dire châtié. Pour nous offrir un décalage qui n'était pas sans intérêt. À nous rappeler forcément l’excellentissime film Roméo + Juliette de Baz Luhrmann réalisé en 1996, mais pas que. Finalement, c’est une pièce qui nous amène à réfléchir sur notre propre existence, sur la vieillesse et hélas ses maladies dégénératives, sur le sens de la vie et surtout de la fin de vie que l’on doit pourtant accueillir avec dignité. Avec des personnes âgées que l’on place dans des mouroirs et que l’on oublie pour de bon en posant dessus un mouchoir invisible, le mouchoir de la honte ! Cela bien évidemment nous interpelle. Nous amène à réfléchir et à repenser les EHPAD qui sont, “pour une question pratique il semblerait”, situés proches des cimetières (économie d’essence oblige dans un monde de plus en plus écolo) et où nos « vieux » sont traités comme des moins que rien, de façon tellement indigne et systématique même qu’à force on ne va plus les voir. Pour ne pas s’offrir la vue d’un crève-cœur. Des EHPAD où le personnel est le plus souvent débordé et trop peu nombreux (mais il en est de même de tout le personnel soignant en France hélas). Ce qui conduit à des manques cruels de soin des patients qui sont alors livrés à eux-mêmes. C’est pourtant pour beaucoup d’entre nous l’avant dernière étape de notre existence, et malheureusement la moins excitante de notre si courte aventure sur cette Terre. En vérité, ce n’est pas seulement la personne sénile et malade ou le « mourant » qui souffrent le plus, mais bel et bien ceux qui restent et qui n’y peuvent rien (et sans doute le personnel de ce genre d’établissements en premier lieu). Car le temps est implacable comme l’action de la Grande Roue sur le cœur. Alors, autour de nous la famille se déchire, pour une bête question d’héritage, corrompue par ce monde pourri de l’argent. Faute de temps pour s’en occuper ou bien encore de « capacité », on se déleste de nos responsabilités, on place nos « vieux » dans des maisons de retraite (qui est en soi un bien joli mot mais ô combien trompeur) ou autres établissements spécialisés. Cela nous sert bien évidemment d’excuse. Car quand on veut on trouve toujours des solutions mais quand on ne veut rien faire, c’est bien souvent une excuse que l’on trouve... On veut aussi éloigner loin de notre vue les traces marquantes et implacables de notre propre décrépitude. Ce n’est pas seulement un parent ou un proche que l’on voit mourir progressivement. Mais c’est un peu de nous-même aussi. Car chaque pas que l’on fait nous conduit un peu plus vers la mort. L’Alzheimer de feu ma grand-mère m’en est témoin. Pourtant ici pas d’apitoiement, pas de pathos ni d’épanchements larmoyants, tout se fait avec finesse et parfois même avec humour. Vous vous surprendrez alors à rire ! Des comédiens tout d’abord, mais aussi par effet ricochet, de nous-même. Et c’est en cela que je ne peux que chaudement vous inviter à aller voir de toute urgence la pièce ! Pour résumer on ne peut mieux mes propos je fais sous des roulements de tambour à la fois de circonstances et tonitruants mon annonce sur la grand place du village et de cette bonne vieille ville de Limoges. - Le roi est mort : vive le roi ! crédits : image du site du Théâtre de l’Union à Limoges https://www.theatre-union.fr/fr/show/king-lear-syndrome-ou-les-mal-eleves
- La Belle de la vallée
Écrire une microfiction à partir du poème Le Dormeur du Val d’Arthur Rimbaud, 1888. (consigne de Mme Milena Mikhaïlova) C’est une légende des temps anciens, L’on parlait alors de l’âge d’or des dieux. Un univers parfait, formé de paix et de bien, Dont le monde renfermait le plus secret des lieux. Vienne le jour, l’aube se réveille, La belle dort, jamais ne s’éveille. C’était une vallée merveilleuse, Aux arbres d’or, à la rivière d’argent et à la montagne de cuivre. Là-bas, une jeune fille belle et rêveuse Dormait ; ainsi était-elle toujours décrite dans les livres. Vienne le jour, l’aube se réveille, La belle dort, jamais ne s’éveille. Bergère à la beauté estimée, Son corps entouré de marguerites, de coquelicots et de lys, Elle dormait constamment, maîtresse aimée de Morphée, Dieu des rêves et des abysses. Vienne le jour, l’aube se réveille, La belle dort, jamais ne s’éveille. Immortelle mais toujours l’esprit inconscient Amoureuse au coeur vaillant À jamais elle sommeille, la Belle de la vallée.
- Message to an angel
Écrire une microfiction à partir de la chanson Le Soleil a rendez-vous avec la Lune (version live) de Charles Trenet. (consigne de Mme Milena Mikhaïlova) – Ça va être à toi, mon grand. J’ai les yeux rivés sur le même papier froissé, abîmé de toutes ces fois où le texte n’était bon qu’à jeter. Malgré tout il est encore là, ce soir, entre mes mains qui s’y accrochent comme si j’avais peur qu’il ne s’envole, ma mémoire avec. Parce que ces paroles je les ai écrites, puisées au plus profond de mon être. Mais j’ai beau les relire... rien n’y fait. « Je jette l’éponge. » Pourquoi s’obstiner sur des mots, s’ils ne sont plus que des lettres en train de se vider de leur sens ? – Je suis prêt. * En fait, pas du tout. Je me planque derrière ma guitare ; pas foutu d’entamer la moindre note alors que mon public rêve de cette mélodie. Tout est avec moi sur scène : la batterie, le piano, les musiciens… Tout. Sauf mon cœur. Le temps se fige ; je plonge dans les vestiges du passé. Je ne comprends pas, j’ai forcément raté un truc... Un seul coup d’œil et je sais où je me trouve : là où mon ange s’est envolée. Là où elle a poirauté, prié, puis désespéré. Là où nos yeux se sont croisés, lorsqu’une ombre l’a fauchée. Là où, impuissant, j’ai vu s’éteindre son sourire. Je croyais n’avoir rien ressenti. Mon cœur me délivre alors dans une implosion d’émotions. Ma main fend les cordes. Ma voix se libère. Mon sourire renaît. Le temps aussi. « J’ai compris. » In a flash You are gone And I realize You were the one
- La Belle et la Bête
Écrire une microfiction à partir de l’affiche “Ils ont vu cela !” du premier numéro de la revue L’amour, dirigée par Frédéric Pajak (consigne de Mme Milena Mikhaïlova) - Des témoins ? Ha oui ? Ils ont vu cela ? Une belle bande de vicelards oui ! Attendez Commissaire, je vais tout vous expliquer. C’est pas compliqué : J’étais depuis quelques mois à la colle avec une chouette fille, ça roulait pas mal entre nous et à vrai dire c’était au poil. Elle m’avait littéralement à la bonne et s’imaginait me faire un gosse. Histoire d’officialiser les choses. J’étais même prêt à me laisser tenter, tant il est vrai, qu’à y regarder de plus près, elle m’apaisait, m’apportait une sorte de stabilité et de (ré)confort. Pour pas dire une forme de tendresse et de chaleur humaine que j’avais trouvée encore nulle part ailleurs et qui m’avait cruellement fait défaut jusqu’ici. C’était sans compter sur ma capacité à tout faire foirer. Hé pardi ! Ç’a pas loupé. De nouveau, j’ai tout fait capoter comme si ma vie de iench était un jeu absurde dans lequel je me complaisais. Rattrapé par ma médiocrité en quelque sorte, à me débattre dans un océan de shit. C’était pas faute d’essayer, j’suis resté clean quelques jours, mais passée une semaine, mes mauvais penchants ont repris le-dessus. Bref mea culpa, j’ai encore dérapé dans les grandes largeurs, tapé dans la C et la Belle s’en est allée. Laissant derrière elle la Bête un peu plus seule et abattue. À dormir comme un con dans un lit froissé, en chien de fusil, et à grelotter en claquant des dents. Pourtant j’devrais avoir l’habitude de ce genre d’issue puisque ma vie n’est qu’une longue voie sans issue. Une impasse sombre ou bien encore une ruelle sordide où des toxicos et des clodos se passent le citron pressé, le garrot, la shooteuse et la cuillère à tour de bras en se rinçant la gueule à grand renfort de Père Julien. Mais on y croit, on fonce tête baissée et on tombe dans le piège tête la première. Il faudrait sans doute avoir une carapace en métal ou en écailles de tortue ninja pour surmonter toutes ces conneries ! Me voilà donc dans un bouge dégueulasse à noyer ma gueule de bois et ma solitude à doses de sirops non prescrits par les médecins en mode automédication. Pas plus de trois verres par jour et pas tous les jours sinon bonjour les dégâts ! Que dire de plus sinon que je me la joue réglo, et qu’en ce qui me concerne ce n’est jamais plus d’un verre à la fois. Biture sur biture. Ça fait déjà plusieurs semaines que ça dure. Mon premier psy m’a plusieurs fois diagnostiqué shizo à tendance paranoïde. J’ai eu beau changer de psy et donc d’avis, ils convergent toujours vers la même conclusion : selon moi, les psys sont des incapables. J’ai donc arrêté les frais, et par là-même une thérapie qui ne menait visiblement à rien sinon à me ruiner ou me faire interner et passer la camisole de force. Sauf que l’autre soir, j’avais pas pris les médocs que les autres trouducs m’avaient prescrits en grand nombre au cas où ça n’irait pas et que je gobais comme des smarties à longueur de journée devant la téloche et les émissions à la con. Je sais pas pourquoi mais ce soir-là je n’arrivais pas à mettre la main dessus, dans le fichu bordel de mon appart’. Je criais à la conspiration ou bien même pire : à un traquenard ourdi par des complotistes comme les programmes télévisuels nous le rabâchent sans cesse. Pour pas arranger les choses, et comme par un étrange concours de circonstances, c’était le soir qu’avait choisi Cynthia pour repointer le bout de son nez, en me disant que putain elle était navrée et qu’il fallait rabibocher les choses ou bien encore recoller les morceaux cassés. Comme si notre couple était un vase de Soissons brisé en mille morceaux par ma seule faute. Ou bien p‘têt qu’elle était venue chercher quelques fringues ou deux qu’elle avait oubliées chez moi. Je m’en rappelle plus exactement. Dans ma tête en vrac plusieurs voix se bousculaient, et les émotions et les idées. Tout tournait en boucle et me hurlait mais vas-y putain fais-le ! Qu’est-ce que t’attends ? Le déluge mec ? J’ai alors fermé la porte à clé pour pas que le bel oiseau s’envole de nouveau, et j’ai rapproché mes lèvres des siennes. Elle me les a alors mordues violemment et ma lèvre inférieure pissait le sang. De là, sans doute à la vue de mon propre sang, je suis rentré dans une rage folle et j’ai véritablement pété un plomb. Ça s’est passé comme dans un rêve, ou alors étais-je en plein film. Je ne sais plus. J’ai du mal à distinguer le faux du vrai, le réel de l’illusion. Toujours est-il qu’il faisait nuit noire dehors et que j’ai pas vu les deux hurluberlus regarder à travers la vitre avec leurs grands yeux de merlans frits. - Vous pensez bien ! Sinon je les aurais butés eux aussi… crédits : Van Gogh (1853-1890), Autoportrait à l'oreille bandée, 1889, huile sur toile (60 × 49 cm), Londres, Institut Courtauld
- Le roi de Vespara (4/7)
Acte III, scène 1 : La mort d’un roi. Tout se passa quelques nuits après l’exposé du complot sur les Terres Interdites. Onyxia avait emmené son neveu dans le canyon de Vespera car elle voulait tendre son piège à cet endroit. Onyxia (d’une voix étonnamment doucereuse) : Tu vas m’attendre gentiment ici, ton père a une très belle surprise pour toi. Cosmo (ravi) : Ouah, qu’est-ce que c’est ? Onyxia (riant) : Mais si je te le dis, ce ne sera plus une surprise, tu es d’accord ? Cosmo : Je veux savoir ! Et puis je pourrais faire semblant ! Onyxia (riant encore) : Hou hou hou ! Tu sais que tu es un petit chenapan toi ? Cosmo (sur un rocher, suppliant, entourant le cou de la jeune femme de ses bras) : Dis-moi tante Onyxia ! Onyxia (ne cède pas) : Non, non, non, non, non, non, non. C’est quelque chose entre toi et ton papa. Tu sais, des histoires courantes… de famille… (Regard étonné et perplexe de Cosmo) Eh bien, je vais aller le chercher. (Fais demi-tour) Cosmo (sautant du rocher) : Je viens ! Onyxia (élevant la voix un peu trop haut) : NON ! En voyant l’air surpris et presque effrayé de son neveu, la jeune femme sombre comprit qu’elle venait de commettre une erreur et tenta de se rattraper : Onyxia : Euh… (Ris avec gêne) Héhéhé… Non. Toi, tu restes sur ton rocher. Et promets-moi que tu ne referas pas de bêtise comme l’autre jour, avec les sorcières. Cosmo (de nouveau sur la roche, la voix surprise) : On t’en a parlé ? Onyxia (avec un léger soupir) : Cosmo, tout le monde m’en a parlé. Cosmo (gêné) : Ah oui ? Onyxia (hochant la tête) : Oh oui. Une chance que ton père ait été là pour te sauver. (Regarde derrière elle, s’assurant qu’il n’y avait personne et chuchote) Et tout à fait entre nous, tu pourrais travailler ton petit feulement, hmm ? Cosmo (dans un soupir) : Hum… Bon d’accord… La soeur du roi s'apprêtait à s’en aller, mais son neveu lui posa une dernière question : Cosmo : Eh tante Onyxia, je vais l’aimer ma surprise ? Onyxia (se retourne avec un sourire mielleux) : L’aimer ? Bien sûr, à en mourir… La jeune femme s’éloigna lentement pendant que le petit garçon restait tout seul dans le canyon. Ce qu’il ignorait, c’était qu’en haut de la gorge, un immense troupeau de buffles y était en train d’y brouter de l’herbe. Et plus haut encore, bien cachées derrière les roches, se trouvaient également les trois sorcières ! Fritcia (s’adressant à Grifcia, d’une voix basse et agacée) : Arrête de gargouiller ! Grifcia (d’une voix plaintive) : Je peux pas m’en empêcher, j’ai tellement faim ! (Se relève) Il faut que je mange quelque chose ! Fritcia (mécontente) : Ne bouge pas ! Grifcia (désignant un jeune buffle) : Eh, et si je bouffais celui qui a l’air malade, là… ? Fritcia (agressive) : Non ! On attend le signal d’Onyxia… À ce moment-là, cette dernière apparut en haut d’un autre rocher, les cheveux volant au vent. Fritcia : La voilà. (Avec une grimace) Allez, en route ! (Se mirent toutes les trois en marche pour accomplir le plan) Entre-temps, Cosmo s’ennuyait ferme en attendant sa tante et son père. Cosmo (légèrement vexé) : Un petit feulement, pfff… Soudain, un caméléon atterrit sur le rocher et le jeune garçon se troubla. Après tout, qu’avait-il à perdre en s’entraînant à son grognement ? S’il réussissait à gronder comme un vampire adulte, son père ne pourrait être que fier de lui ! Et qui sait, la surprise n’en serait peut-être que plus belle… Alors, Cosmo testa son feulement contre le caméléon pour voir comment il réagirait. Or, celui-ci n’eut pas l’air impressionné par la voix aiguë de l’enfant et continua son chemin. Contrarié, Cosmo sauta du rocher, se rapprocha du caméléon et grogna à nouveau, sans résultat. Cette fois, il perdit patience, s'avança encore et grogna avec toute la force que ses jeunes poumons lui permirent. A sa grande surprise, sa voix en ressortit grave et agressive ! Heureux de l’écho qui résonnait dans toute la gorge, Cosmo éprouva pourtant très vite une sorte de malaise. Comme si… comme si ce n’était pas lui qui venait de feuler ainsi. Soudain, les cailloux du sol se mirent à trembler. Inquiet, Cosmo releva la tête et là, il vit avec horreur le troupeau de buffles dévaler dans le canyon ! D’abord figé de terreur et incapable de crier, il finit par prendre la fuite, le troupeau courant derrière lui, affolé. Affolé était bien le mot car en réalité, c’étaient Fritcia, Grifcia et Cricia qui avaient terrifié les buffles avec leurs cris démoniaques. Ainsi, c’était leurs grognements à elles qui avaient résonné dans le canyon, et non celui de Cosmo ! Quand les derniers buffles eurent quitté la prairie, elles partirent vite se cacher pour laisser Onyxia réaliser le reste de son plan. Quant à Cosmo, le malheureux enfant courait avec toute l’énergie du désespoir pour échapper à une destinée tragique ! Entre-temps, le roi Eden revenait des jardins, accompagné d’Améthyste. Elle fut la première à remarquer le troupeau de buffles au loin. Améthyste (désignant le canyon) : Regardez Majesté, le troupeau s’agite… Roi Eden (les sourcils froncés) : C’est étrange… Brusquement, Onyxia apparut sur les rochers, l’air complètement paniqué : Onyxia (feignant l’affolement) : Eden ! Vite ! C’est la débandade ! Dans les gorges ! Cosmo est en danger ! Roi Eden (soudain effrayé) : Cosmo ?! Dans le canyon, le petit prince continuait à courir à en perdre haleine. Mais à cause de ses petites jambes, il se fit vite rattraper. Croyant d’abord qu’il allait mourir écrasé, il aperçut un vieil arbre desséché sur lequel il s’empressa de grimper et de s’y accrocher fermement. Pendant ce temps, son père et sa tante dévalaient les rochers en courant pendant qu’Améthyste volait pour essayer de retrouver son jeune maitre. Elle le trouva bien vite sur l’arbre et se précipita vers lui, ne pouvant malheureusement l’aider, de peur de ne pas réussir à le porter tout en volant. Cosmo (affolé et menaçant de tomber) : Améthyste, aide-moi ! Améthyste (affolée elle aussi) : Ton père arrive ! Cramponne-toi ! Cosmo (suppliant) : Vite, vite ! Entre-temps, le roi Eden et Onyxia étaient arrivés et regardaient d’en haut, sur un rocher, à droite et à gauche avec désespoir. En réalité, c’était surtout le roi qui était le plus désespéré ! Soudain, Améthyste arriva et leur désigna l’endroit où Cosmo s’était réfugié : Améthyste (paniquée) : Là, là ! Sur l’arbre ! Roi Eden (affolé) : Tient bon Cosmo ! À ce moment-là, l’arbre se brisa à moitié à cause de la charge d’un buffle et le jeune prince faillit tomber ! Cosmo : AAAAAAAAAAAAH !!! Le roi Eden sauta alors de rochers en rochers, son épée à la main, afin d’aller sauver son fils qui n’arrivait presque plus à se tenir sur les branches. De son côté, Améthyste laissait libre court à sa terreur pendant qu’Onyxia ne disait pratiquement rien. Améthyste (parlant toute seule) : Oh, c’est affreux ! Qu’est-ce qu’on peut faire ? Qu’est-ce qu’on peut faire ?! (A soudain une idée) Oh, je vais aller chercher du renfort ! Je vais aller chercher… La jeune femme n’eut pas le temps de finir sa phrase car Onyxia, perfidement, lui donne un violent coup de bâton par derrière, l’envoyant se cogner contre une roche. Améthyste eut tout juste le temps de crier avant de s’évanouir. Entre-temps, Eden réussit à se mêler aux buffles mais dépassa l’arbre où Cosmo s’accrochait de toutes ses forces. Le roi parvint à faire demi-tour mais alors qu’il courait vers l’arbre, il se fit renverser par un buffle. Il se releva malgré tout et regarda son fils, paniqué. Soudain, un buffle brisa l’arbre de Cosmo et ce dernier s’envola ! Cosmo (hurlant de terreur) : AAAAAAAAAAAAAAAAAAH !!! Alors qu’il pensait chuter au sol, son père sauta et le prit dans ses bras juste à temps, avant de se remettre à courir. Il ignorait qu’Onyxia le suivait discrètement dans l’ombre d’une corniche. Puis brusquement, Eden se fit bousculer par un buffle et Cosmo tomba. Il se releva, terrifié, car son père avait disparu de sa vue. Il évita de se faire écraser par le troupeau quand soudain, Eden réapparut et le prit à nouveau dans ses bras, désireux de le mettre à l’abri. Il sauta sur un gros rocher et déposa délicatement Cosmo dessus lorsque les buffles l’emportèrent malgré lui et lui firent faire une nouvelle chute ! Cosmo (tremblant) : Papa ! Il se mit à regarder partout parmi le troupeau affolé, mais il ne vit aucun signe du roi. Le petit prince allait s’affoler pour de bon lorsqu’il le vit, d’un bond formidable, sauter du sol et s’accrocher au rocher avec son épée. Cosmo la regarda d’abord angoissé puis rassuré. Cosmo (pensée, soulagé) : « Papa est sauvé ! » Il s’empressa de remonter les rochers jusqu’au sommet des terres de Vespera. Quant à Eden, il était en bien mauvaise posture car malgré son épée, il pouvait tomber à tout instant si personne ne lui venait en aide. D’ailleurs, le roi vit Onyxia au-dessus de lui, un air assez dédaigneux empreint sur son visage. Cela, le roi ne le vit pas, tant la peur de tomber lui rongeait alors le ventre. Roi Eden (affolé) : Onyxia ! Ma sœur… Aide-moi ! Des petits cailloux tombèrent des pieds d’Eden. Si jamais il chutait, ce serait la mort certaine ! Onyxia regarda un court instant son frère en silence puis soudain, elle lui planta violemment ses ongles dans ses mains. Eden poussa un cri de douleur avant de regarder sa sœur avec incompréhension : pourquoi avait-elle fait ça ? Celle-ci eut alors un horrible sourire : Onyxia (d’une voix basse et diabolique) : Longue vie au roi ! Et, traîtreusement, Onyxia poussa son frère du rocher et Eden tomba dans le vide ! Roi Eden : AAAAAAAAAAAAAAAAAH !!! Cosmo (qui vit au loin son père tomber) : NOOOOOOOOOOOOOOOOOON !!! Fin de la scène 1 Acte III, scène 2 : La disparition du prince. Cosmo sauta de rochers en rochers afin de redescendre. Les derniers buffles étant partis, tout danger était écarté. A travers la poussière, Cosmo appelait son père, désespéré. Cosmo (inquiet) : Papa ! Il s’avança un peu plus lorsque soudain, il entendit un bruit léger et étrange qui le fit légèrement sursauter : Cosmo (reprend espoir) : Papa ? Il vit un buffle passer devant lui… et à côté d’une silhouette allongée au sol. Cosmo entrouvrit la bouche puis la referma avant de courir vers la silhouette, priant que ce ne soit pas son père. Hélas, en s’approchant, Cosmo dut bien admettre que c’était lui : il était allongé sur le côté droit, les yeux clos, son bras droit tendu vers son épée dont la lame s’était brisée en deux. Le petit prince tenta de se persuader que tout cela n’était qu’un affreux cauchemar et que son père était juste endormi. Il s’agenouilla près de lui : Cosmo (d’une petite voix) : Papa… Tu te réveilles ? Il faut que tu te lèves… (Le secoue un peu) Papa… Viens, on rentre… (Lui tire une mèche de cheveux) Mais le roi ne bougeait pas. Cosmo comprit alors que son père était bel et bien mort. Sa douleur éclata comme un orage : Cosmo (hurlant) : À L’AIDE !!! S’IL VOUS PLAÎT !! S’il vous plaît… Papa… Cosmo se mit alors à pleurer, de grosses larmes lui coulant sur les joues. Il revint lentement vers le corps d’Eden et se faufila son bras gauche, s’allongeant et finalement, il ferma les yeux comme s’il voulait s’endormir auprès de lui. Cependant, il ne vit pas la silhouette menaçante d’Onyxia qui s’approchait d’eux. Onyxia (dans un murmure de reproche) : Cosmo… (Attention de ce dernier tourné vers sa tante) Qu’est que tu as fait ? Cosmo (se relevant en larmes) : Le troupeau… Il-il a voulu me sauver ! (Renifle) C’était un acci… Je voulais-je voulais pas ce qui est arrivé ! (Se remet à pleurer) Onyxia (le prenant dans ses bras) : Bien sûr, bien sûr que tu ne le voulais pas. Personne ne peut concevoir des choses aussi horribles… (Relève la tête, le regard fixe) Mais le roi est mort… (Regard d’effroi de Cosmo sur sa tante) Et sans toi, il serait encore en vie… Le remord commençant à le ronger pernicieusement, Cosmo se serra plus fort contre Onyxia, les larmes coulant de plus belle sur ses joues. Onyxia (soupirant tout en regardant son jeune neveu) : Ah, qu’est-ce qu’Améthyste et Crystal diront ? Cosmo (terrifié) : Mais qu’est-ce que je peux faire alors ? Onyxia (le dégageant soudainement de ses bras) : Sauve toi Cosmo. Pars, pars très loin et ne reviens jamais ! À ces mots, le jeune prince prit aussitôt la fuite. Derrière Onyxia, trois silhouettes sombres s’avançaient silencieusement mais la jeune femme perçut leur présence. Onyxia (aux trois silhouettes, d’une voix froide) : Tuez-le. Et à ce moment, les sorcières Fritcia, Grifcia et Cricia se lancèrent à la poursuite de Cosmo ! Ce dernier était arrivé devant une montagne de pierre, hésitant à grimper lorsqu’il entendit un bruit suspect qui le fit se retourner. Il vit alors le trio des sorcières qui s’approchait de lui ! Paniqué, le petit garçon s’empresse de grimper à travers les minuscules parois des rochers et évita de justesse les griffes de Grifcia qui entaillèrent la roche. Arrivé au sommet, Cosmo courut à toutes jambes mais s’arrêta devant le bord. S’il sautait, survivrait-il ? Mais il n’eut pas le temps d’approfondir la question car les sorcières surgirent des rochers ! Sans plus d’hésitation, Cosmo se jeta dans le vide. Il roula dans la terre noirâtre, le trio maléfique sur ses talons. Soudain, il tomba dans un énorme buisson d'épines et heureusement pour lui, la branche se cassa et il tomba à l’intérieur du buisson. Il se releva, malgré ses nombreuses égratignures, reprit la fuite en se faufilant à travers les branches et parvint sortir à travers les épines avant de reprendre sa course à travers le désert. Entre-temps, Grifcia s’était rendu compte la première qu’elle et ses compagnes se précipitaient vers des buissons épineux. Elle tenta de ralentir de toutes ses forces et s’arrêta juste devant le bord. Mais, elle se fit bousculer par Fritcia, puis par Cricia, causant sa chute bruyante dans le buisson. Grifcia (sautant en l’air, le corps recouvert d’épines) : HYAAAAAAA !!! Cricia se mit à rire de façon hystérique pendant que Grifcia remontait sur le rocher et marchait difficilement, des épines dans tout le corps. Soudain, Fritcia se mit à crier : Fritcia (pointant l’index vers l’horizon) : Eh, il s’en va, il s’en va ! Grifcia (s’arrachant des épines) : Qu’est-ce que tu attends ? Fritcia (moqueuse) : Tu délires, moi je plonge pas là-dedans ! J’ai pas envie de me retrouver comme toi, tête de cactus ! Grifcia (jetant quelques épines sur Cricia qui ricanait) : Faut qu’on finisse le boulot ! Fritcia (d’une voix dédaigneuse) : Tu parles. Dans le désert, il s’en sortira jamais. Et si un jour il revient, on le tuera ! Grifcia (qui s’était approchée de Fritcia) : Ouais ! (D’une voix menaçante, à Cosmo au loin) Eh t’entends ! Si tu reviens, on te fera la peau !! Dans un dernier ricanement, les vilaines sorcières firent demi-tour et disparurent pour retourner sur les Terres Interdites en attendant le grand jour. Entre-temps, Onyxia avait ramené le corps de son frère au palais afin qu’il soit embaumé et enterré. A tous ceux qui lui avaient posé la question de savoir comment il était mort, elle avait à chaque fois raconté la même version de l’histoire, sa version : le roi avait fait une chute accidentelle qui lui avait été fatale, dans sa tentative de sauver Cosmo. Mais concernant ce dernier, les explications d’Onyxia étaient plus confuses : elle avait juste raconté que son neveu avait disparu. Mais on ne l’avait pas interrogé davantage, tout le monde étant anéanti de douleur et de désespoir. La nuit de l’enterrement du roi Eden, Onyxia prononça alors un discours non loin du Rocher des Vampires. Un discours qui n’était que mensonges et tromperies mais que personne ne pouvait soupçonner : après tout, qui pourrait découvrir l’affreuse vérité ? Onyxia (sur un ton dramatique) : La mort du roi Eden est une horrible tragédie. (Pose sa main libre sur son visage) Mais perdre Cosmo qui était à l’aube de sa vie. Pendant ce court laps de silence, les visages des fidèles du roi - dont Ombréa, la nourrice de Cosmo - affichèrent l’anéantissement le plus complet tandis que Crystal pleurait en silence dans les bras d’Améthyste. Onyxia (poursuivant son discours) : … Est pour moi un drame personnel d’une cruauté insoutenable. (Sanglot convulsif de Crystal) C’est donc le cœur brisé par le chagrin que je monte sur le trône. Soudain, le regard de la jeune femme devint beaucoup plus inquiétant et des ombres se faufilèrent à travers les rochers, effrayant Améthyste, Crystal et les autres vampires. Onyxia (la voix sourde et effrayante) : Sachant que malgré notre infinie douleur, nous nous relèverons pour saluer l’évènement d’une ère nouvelle, (Saute sur les roches jusqu’au Rocher des Vampires) dans laquelle les vampires et les sorcières s’uniront pour ériger l’avenir en un glorieux édifice ! Ces ombres, c’était les sorcières ! TOUTES les sorcières des Terres Interdites ! Elles s’avancèrent, menaçantes, vers les vampires qui se serraient davantage entre eux, terrifiés. Au loin, Donatella avait vu toute la scène et rentra finalement chez elle, écrasée de chagrin. Assise devant le tronc de son chêne, elle pleurait. Comment n’avait-elle pas pu prévoir une tragédie pareille ? Et Cosmo… Si jeune… Mort lui aussi… Quel affreux destin envers ce malheureux garçon si innocent ! La vieille femme regarda le portrait de l’enfant et posa sa main droite dessus, mouillée de larmes, la passant devant l’image du jeune prince qui devient légèrement flou. Pour Donatella, ce geste était significatif : pour elle, cela voulait dire que Cosmo était désormais auprès de son père pour l’éternité. Fin de la scène 2. Acte III, scène 3 : Nouvelle famille et nouvelle vie. (Chanson : Hakuna matata) Cependant, la vérité sur Cosmo était tout autre : il avait survécu à l’épreuve ! Pendant plusieurs jours, il avait traversé le désert d’Elementa, un royaume voisin de Vespera, puis à bout de force, il s’était évanoui, son corps exposé au soleil brûlant. Tout commença lorsqu’une nuée de vautours, volant autour de Cosmo, s’approchèrent pour se délecter de sa chair lorsque soudain… Voix d’homme et de femme : YAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !!! A ce moment-là, une jeune fille et un jeune homme s’élancèrent sur les rapaces en courant ! La fille avait une lance en or dont la pointe était taillée dans un quartz rose et son compagnon portait un bouclier en argent avec une obsidienne fichée en son centre. La fille avait les cheveux roses pâles et de beaux yeux dorés tandis que son compagnon avait les cheveux et les yeux noirs. Ils portaient tous deux une sorte de tunique, aux couleurs vives pour la fille et aux couleurs plus sombres pour l’homme. Jeune femme (donnant des coups de lance tandis que son ami la protégeait avec son bouclier) : Allez, allez ! Du vent ! Ouste ! Jeune homme (une fois les vautours partis) : Ah décidément, ça fonctionne à chaque fois le bowling de rapaces ! Jeune femme (rangeant sa lance et s’enlevant de la poussière en riant) : A tous les coups ça marche ! Hahahaha ! Jeune homme (qui s’était approché de Cosmo) : Oh oh… (Appelle son amie) Eh Quartz, viens voir une minute ! On dirait qu’il est vivant… Quartz (s’approchant de l’enfant, interloquée) : Oh ! Bon voyons voir, mais qu’est que c’est que ça ? Elle s’agenouille près de Cosmo et lui soulève délicatement la main qui cachait son visage. Mais quand elle vit ses petites canines, elle se mit à hurler ! Quartz (horrifiée) : AAAH !! Un vampire ! Elle trébucha et se releva, épouvantée, avant de se précipiter vers son compagnon et de lui prendre la main. Quartz (affolée) : Allez Ténèbre, on rentre ! Ténèbre (interloqué) : Eh Quartz, attend une seconde ! C’est juste un enfant vampire ! (Regarde Cosmo avec attendrissement) Il a dû se perdre. Regarde comme il est mignon, pauvre petit. (Se tourne vers Quartz) Si on le gardait ? Quartz (lui hurlant dans les oreilles) : Non mais t’es malade ?! Un vampire, ce n’est pas un jouet ! Un jour ou l’autre, il boira tout mon sang ! Ténèbre (secouant la tête) : Pas lui, il est trop petit ! Quartz (agacée) : Ça grandit ces choses-là ! Ténèbre (sourit malicieusement) : Peut-être qu’il sera notre allié ! Quartz (se met à ricaner) : Hahaha, ça c’est la meilleure de l’année, comme s’il pouvait… ! (Interruption brutale lorsqu’une idée lui vint à l’esprit) Eh attend une minute… Mais c’est une bonne idée ça ! Qu’il devienne notre allié… Finalement, avoir un deuxième vampire dans son camp n’est peut-être pas une si mauvaise idée ! Ténèbre (ramassant Cosmo, ravi) : Alors on le prend ! Quartz (souriant) : Mais oui ! Le cerveau, c’est toi ou c’est moi ? Ténèbre (hésitant pour sa réponse) : Euh… Quartz (dans un soupir) : Bah, laisse tomber. (S’éponge le front) Ah, je cuis ! Trouvons un coin d’ombre ! Aussitôt, ils se mirent à courir en vitesse sous le brûlant soleil du désert d’Elementa car ils savaient que si les vampires y restaient exposés trop longtemps, ils pouvaient mourir… Bientôt, le duo arriva devant une oasis. Ils déposèrent Cosmo à l’ombre, sur le côté d’un petit lac, et Quartz lui envoya de l’eau sur son visage brûlant pour le réveiller. Et ça marcha ! Cosmo émergea enfin de son sommeil, les yeux encore à demi clos de fatigue. Quartz (inquiète) : Ça va petit ? Cosmo (d’une petite voix) : Oui, je crois… Ténèbre : Tu as failli mourir ! Quartz (prenant un air fier) : Hé, je t’ai sauvé ! Ténèbre (regarde Quartz avec irritation) : Hey ! Quartz (corrigeant sa réponse avec mauvaise grâce) : Enfin, Ténèbre m’a aidé… un peu… Cosmo (se relevant et marchant tristement dans l’ombre) : Merci, c’est gentil… Quartz (interloquée) : Mais… Où est-ce que tu vas ? Cosmo (dans un soupir) : Nulle part… Perplexe, la jeune fille s’adressa à son compagnon vampire tandis que Cosmo s’éloignait : Quartz : Eh, il a le cafard… Ténèbre (étonné) : Qu’est-ce que tu racontes ? Quartz (agacée) : Bah, je veux dire qu’il est déprimé ! Ténèbre : Ah bon… Lui et Quartz s’approchèrent du garçon, étonné par sa tristesse, peu courante chez un enfant : Ténèbre : Quel mal te ronge, petit ? Quartz (voulant détendre l’atmosphère) : Eh bien rien ! C’est lui le mal qui ronge ! (Prise d’un fou rire) Hahahahaha, le mal qui ronge ! Héhéhéhéhé… (S’arrête de rire en voyant que Cosmo demeurait triste) Euh… Alors, d’où tu viens ? Cosmo (reprenant sa marche, la tête baissée) : Qu’est-ce que ça peut faire ? Je peux plus y retourner… Quartz (s’approchant de lui, ravie) : Quoi, t’es un hors la loi ?! Ça tombe bien, nous aussi ! Ténèbre (qui s’est approché aussi) : Qu’est-ce que tu as fait, petit ? Cosmo (frissonnant) : Une chose épouvantable, mais je ne peux pas en parler… Quartz : Tant mieux, ça ne nous intéresse pas ! Ténèbre : Dis donc Quartz ! (S’adressant à Cosmo) On peut faire quelque chose ? Cosmo (dans un soupir) : Non, à moins de changer le passé… Ténèbre (avec un sourire malicieux) : Eh bien dans des cas comme ça, mon amie Quartz me dit toujours : on ne revient jamais en avant ! Quartz (exaspérée) : Non, non, non !! Ténèbre (surpris) : Ah, ce n’est pas ça ? Quartz : Amateur ! Assied-toi, tu vois bien que tu te fatigue ! Dans un soupir, le vampire adulte obéit tandis que la jeune fille se tourna vers Cosmo : Quartz : C’est : on ne revient jamais en arrière. Bon écoute petit, si les choses tournent mal, tu ne peux rien y faire, vrai ? Cosmo (tristement) : Vrai… Quartz (son doigt pointé vers Cosmo) : FAUX ! (Étend son bras droit vers l’horizon) Quand le monde entier te persécute, tu te dois de persécuter le monde ! Cosmo (secouant la tête) : Ce n’est pas ce qu’on m’a appris… Quartz : Peut-être qu’il te faut une autre méthode ! Répète après moi, (Se racle la gorge) hum, hum, hum… Hakuna matata. Cosmo (interloqué) : Quoi ? Ténèbre (répétant également) : Hakuna matata. Ça veut dire « pas de soucis » ! Soudain, le duo commença à fredonner d’étranges paroles aux oreilles du jeune garçon : Quartz (faisant une petite révérence) : Hakuna matata, Quelle formule épatante ! Ténèbre (chantonnant) : Hakuna matata, Quelle idée démente ! Quartz (chante et fait signe à Cosmo de les suivre) : C’est vivre sa vie ! En faisant ce qui vous chante ! Quartz et Ténèbre (asseyant Cosmo sur une chaise en mousse) : La philosophie ! Du sans soucis ! (Ténèbre protège Cosmo des rayons du soleil pendant que Quartz lui lime les ongles) Quartz (reprenant le refrain en jetant la lime à ongles) : Hakuna matata ! À ce moment-là, le trio se remit à parler normalement : Cosmo (surpris) : Hakuna matata ? Ténèbre : Oui, c’est notre crédo ! Cosmo (perplexe) : C’est quoi un crédo ? Quartz : Notre devise ! Ténèbre : C’est facile ! Ces deux mots résoudront tous tes problèmes ! Quartz : C’est vrai ça ! Bon on se refait un coup ? Ténèbre : Oh oui ! Le vampire adulte alla s’asseoir sur une liane, comme sur une balançoire, tandis que Quartz s’empressa de la remonter par le bout : Quartz et Ténèbre : Hakuna matata, Quelle formule épatante ! (Quartz saute sur la balançoire avec Ténèbre) Hakuna matata, Quelle idée démente ! Cosmo (se met à chanter aussi, joyeusement) : C’est vivre sa vie ! En faisant ce qui vous chante ! Quartz (sautant de la balançoire avec Ténèbre) : Chante petit ! Cosmo, Quartz et Ténèbre : La philosophie ! Du sans soucis ! Hakuna matata ! Puis, Cosmo suivit ses nouveaux amis vers leur territoire personnel, situé sur les terres d’Elementa, le fameux royaume des éléments. Un royaume dont Quartz était native et une terre d’adoption pour Ténèbre après avoir été chassé de Vespera par les siens, ayant commis le seul crime d’aimer une élémentaire et non une vampire… Une vie en exil que les deux amants ne regrettaient pas. Et maintenant que cet enfant venait de les rejoindre, leur famille n’en était que plus agrandie. Quartz : Tu vois gamin, c’est ça la vraie vie ! Ténèbre : Ouais ! Pas de lois, pas de responsabilité ! Quartz et Ténèbre (ensemble) : Et par-dessus tout… ! Cosmo (complétant leur parole, excité) : Pas de soucis ! Et c’est ainsi que commença la nouvelle vie de Cosmo de Vespera ! Au rythme d’Hakuna Matata, il grandissait. De l’enfant charmant, il devint un bel adolescent puis un magnifique jeune homme ! Il restait toujours auprès de Quartz et Ténèbre et ils chantèrent souvent « Hakuna matata » tous ensemble. Quartz et Ténèbre (ayant vieilli de quelques années) : Hakuna matata ! Hakuna matata ! Hakuna matata ! Hakuna matata ! Cosmo (maintenant adulte) : C’est vivre sa vie ! En faisant ce qui vous chante ! (S’approche de Quartz et Ténèbre en souriant) Cosmo, Quartz et Ténèbre : La philosophie ! Du sans soucis ! Hakuna matata ! Hakuna matata ! Hakuna matata ! Hakuna matata ! Cosmo (se tournant vers Ténèbre, malicieux) : Je dis ! Ténèbre : Hakuna ! Cosmo (se tournant ensuite vers Quartz) : Je dis ! Quartz : Matata ! Cosmo, Quartz et Ténèbre : Hakuna matata ! Et c’est ainsi que se déroulèrent leur vie : dans la joie et la bonne humeur ! Et ce, tout en chantant le plus souvent leur indémodable devise : Hakuna matata ! Fin de la scène 3 et fin de l’acte III.
- « Il y a une francophonie réelle en Bulgarie »
- Interview de Georgi Zhechev Dans le cadre du Master 1 FABLI, certains cours, qui s’intitulent « séminaires thématique internationale », sont dispensés par des professeurs d’universités étrangères. Le thème de cette année est « l’enquête ». Nous avons reçu les 17 et 18 mars Georgi Zhechev, linguiste bulgare et directeur du département français de l’Université de Sofia. Il est un spécialiste de la langue française et a notamment travaillé sur des questions d’intégration des langues minoritaires dans les politiques linguistiques et s’intéresse désormais à la modernité de la langue française à travers le « langage jeune ». Les deux cours que nous avons eu avec lui portaient sur la méthodologie de l’enquête en sociolinguistique. Isabelle : Qu’est-ce qui vous a amené à intervenir dans notre Master ? Georgi Zhechev : Je connaissais les deux co-directeurs du Master, Monsieur Devésa et Madame Mikhaïlova, depuis un certain temps et quand j’ai appris qu’ils avaient créé le Master FABLI (Fabrique de la littérature, ndlr), je me suis dit que c’était l’occasion de renouer le contact. Par ailleurs, Monsieur Devésa et moi avons eu l’idée de créer un lien entre le Master de français de l’Université de Sofia et le Master FABLI de l’Université de Limoges. Nous avons donc réfléchi à des points de convergence et à des actions communes. D’où mon intervention dans le cadre des cours de séminaire international. En quoi consiste le Master dont vous êtes responsable ? Ce Master porte sur la francophonie comme objet d’étude et aborde différents aspects de cette notion : institutionnel, linguistique et littéraire/culturel. Dans le volet linguistique, nous nous intéressons au plurilinguisme comme phénomène actuel ; la sociolinguistique est une des approches de base mais il y a également un cours sur les langues minoritaires. Nous avons aussi un volet sur l’aspect interculturel, qui sert à créer le lien entre le travail du traducteur et l’interculturalité. Nous étudions des littératures de différents endroits du monde (Afrique francophone, Québec, etc). Nous essayons de donner une vision variée de la francophonie dans la production littéraire. Le français n’est pas la langue étrangère la plus répandue en Bulgarie mais on s’y intéresse. Quel état des lieux de la francophonie en Bulgarie ? Ce qui distingue la Bulgarie d’autres pays (de l’Europe de l’Est, par exemple), c’est une très longue tradition de sections bilingues où le français est non seulement enseigné mais est aussi une langue dans laquelle on enseigne une partie des disciplines scolaires. Ces sections sont héritées des écoles religieuses, très prestigieuses dans la première moitié du XXe siècle. Puis, à l’époque communiste, il y avait une certaine méfiance à l’égard de ces ordres religieux venant des pays occidentaux. Ces écoles ont donc été fermées. Des personnes au sein de la direction du parti communiste avaient cependant apprécié cet enseignement du français et avaient regretté la fermeture de ces établissements. Ils ont donc créé sur leur modèle les sections bilingues dans les établissements de l’école publique bulgare. Depuis les années 1950, nous avons conservé ces sections françaises dans les lycées à Sofia mais aussi dans toutes les grandes villes de province. Chaque année, nous avons de nouveaux francophones qui viennent dans les universités. Il y a donc des formations dispensées uniquement en français, comme certains cursus pour devenir ingénieur qui ont des conventions avec les écoles d’ingénieurs françaises ou belges. Il y a également des cotutelles de doctorat et des soutenances qui se font en français. Il y a donc une francophonie réelle en Bulgarie. Pourquoi cette francophonie ? Est-ce de l’ordre de la nécessité ou de l’amour de la langue ? Je pense que c’est de l’ordre de l’amour de la langue pour commencer. Mais parfois, les gens se retrouvent dans une section française un peu par hasard, quand ils n’ont pas eu les résultats nécessaires pour l’allemand ou l’anglais par exemple. D’autres étudiants, dans les écoles d’ingénieurs notamment, voient le français comme un outil qui leur permet d’intégrer des réseaux européens. Connaître le français et la culture française apporte un certain prestige. Y a-t-il une filière dédiée à l’écriture ou qui met l’accent sur cela à l’Université de Sofia ? Nous avons deux facultés de Lettres : celle pour les langues slaves (russe et bulgare), et celle pour toutes les autres langues. La première essaye d’introduire des cours d’écriture, je crois, comme le Master traducteur-rédacteur. Je sais que certains des professeurs qui y enseignent sont également auteurs et introduisent certainement des notions d’écriture créative. Mais nous n’avons pas de formation du type FABLI. Que pensez-vous du Master FABLI ? Je trouve que c’est une excellente idée. Les universitaires peuvent venir en aide à des gens qui envisagent de devenir écrivains, ce qui est rare et peut-être que ce sont des formations d’avenir qui vont se développer. Pourquoi avez-vous choisi d’étudier le français et les langues minoritaires ? Parce que ce sont les parents pauvres de l’étude sur les langues ; les communautés qui portent ces langues ont besoin d’être soutenues et je pense que c’est le rôle de la recherche de s’intéresser à elles et d’aider à les visibiliser. Ce sont des parts de cultures qui risquent de se perdre et ce serait dommage. Mon parcours a toujours été lié à la langue française mais cela ne m’empêche pas de faire de la sociolinguistique en Bulgarie. Les dialectes n’ont pas de prestige dans mon pays ; ce n’est pas comme en France où les langues régionales font partie du patrimoine de la République. Chez nous, on se moque surtout de quelqu’un qui parle un dialecte. Quels ont été et quels sont vos champs de recherches principaux ? Depuis trois ans, je m’intéresse aux langues créoles. C’est lié, bien sûr, à mon attrait pour les langues minoritaires, mais aussi à l’Afrique : nous avons mis en place pour la première fois en Bulgarie une Licence consacrée à l’Afrique avec l’apprentissage de trois langues très présentes en Afrique (deux au choix parmi l’anglais, le français et le portugais). On propose également aux étudiants quelques cours de langues africaines comme le wolof ou le swahili. Ils ont également un cours sur les créoles car c’est là où langues africaines et langues des colonisateurs ont été tellement en contact qu’elles ont donné naissance à de nouvelles formes linguistiques. Je m’intéresse actuellement aux « parlers jeunes » mais je suis encore dans une période préparatoire. Ce qui ressort de mes recherches pour le moment est qu’il y a beaucoup de controverses sur le statut de ce que l’on appelle le « parler jeune », au niveau de l’appellation notamment. C’est un domaine qui commence à se constituer au niveau de la sociolinguistique. Certains chercheurs disent que c’est un discours politique et non une réalité en termes de pratiques langagières ; mais c’est à voir, ce sont encore des questions que nous nous posons. Avez-vous quelque chose à ajouter ? Je souhaite remercier les collègues du Master FABLI ; ça m’a fait très plaisir de venir ici et de découvrir les lieux. Merci pour cet entretien ! C’est moi qui vous remercie.
- Shall We Dance ?
Quand nos voix se seront tues Quand le silence aura vécu Shall We Dance? Quand notre mémoire flanchera Les souvenirs tombés au bout des bras Shall We Dance? Quand notre alter ego nous quittera Quand la première bombe atomique explosera Shall We Dance? Quand l’Aube sera Nuit Les yeux noyés par la Mélancolie Shall We Dance? Quand la maladie aura notre peau Rongé et notre cœur et nos os Shall We Dance? Shall We Dance? Petits pantins de chair désaccordés Sur la musique effrénée D’un disque rayé Qui tourne en boucle désormais Les bras et jambes complètement désarticulés Shall We Dance? Shall We Dance? Shall We Dance? Quand nos corps seront nus Quand nos bouches auront trop bu Shall We Dance? Quand l’Amour vacillera Et aura définitivement froissé les draps Shall We Dance? Quand la guerre nous rattrapera Quand la Faucheuse sinistre frappera par trois fois Shall We Dance? Quand l’Aurore se sera enfuie Sur les plaines d’Ukraine et de Russie Shall We Dance? Quand la vie brisera nos idéaux Notre liberté enchaînée comme un fardeau Shall We Dance? Shall We Dance? Petits pantins de chair désaccordés Sur la musique effrénée D’un disque rayé Qui tourne en boucle désormais Les bras et jambes complètement désarticulés Shall We Dance? Shall We Dance? Shall We Dance? Crédits : La Danse par Henri Matisse (1910), huile sur toile, 260 cm x 391 cm, Musée de l’Hermitage, Saint-Pétersbourg (Russie)
- Trois petits chats
Écrire une microfiction à partir du tableau de David Hockney Le Parc des Sources, 1970. (consigne de Mme Milena Mikhaïlova) Soleil était assise là, autrefois. Elle aimait cette aube qui pointait le bout de son nez, cette lumière qui réchauffait son pelage et cet air frais qu’elle humait. Elle était à l’aube ce que le fer était pour un aimant ; l’euphorie nocturne de courir après la souris et d’abuser d’un dangereux lait n’étant jamais suffisantes pour qu’elle manque un tel spectacle. Tout était parfait… ou presque. Pourquoi apprécier ce cadeau, si ça devait être sans ses fidèles compagnons ? Souvent, Mystère et Neige étaient trop assommés par ces mêmes ivresses pour le partager avec elle. Mais parfois, seulement parfois, trois petits chats se réunissaient devant l’aube... et Soleil ne pouvait être plus comblée. Pendant un temps, Mystère et Neige crurent ne jamais guérir. Leurs cœurs enflèrent de cette douleur et de cet horrible sentiment de ne pas avoir assez profité de leur amie disparue. D’avoir une culpabilité, et d’en être les responsables. Bien sûr, trop dur d’accepter la vérité ; plus facile de s’accuser... alors ils se feulèrent dessus. Encore. Et encore. Et encore. Tant qu’ils purent. Jusqu’à ce que, après la grisaille et les larmes de la nuit, ils se murent dans le silence. Pour Mystère, l’aube imminente n’est que synonyme d’une triste journée. Il ne s’attend pas à trouver Neige dans ce jardin, les pupilles perdues vers l’horizon. Il se surprend même à s’asseoir près d’elle. Un long moment passe, sans un mot ; Neige éclate en sanglots, sans un mot ; Mystère l’attire contre lui, sans un mot. Ils pleurent. Se comprennent enfin. Des trois petits chats ils ne sont plus que deux, lorsqu’un rayon de soleil leur sourit au travers des nuages.
- Jeanne
Écrire une microfiction à partir de la chanson Le Soleil et la Lune (version live) de Charles Trenet. (consigne de Mme Milena Mikhaïlova) Elle s’appelle Jeanne. Son rouge à lèvres d’un brun profond s’accorde à la perfection avec ses yeux et cheveux de la même teinte. Elle sourit à pleines dents. Dents du bonheur, dents de la chance, c’est selon. De son septum pend une étoile argentée qui tombe au centre de son philtrum. Une fantaisie qu’elle s’est offerte à ses dix-huit ans me dira-t-elle plus tard. « Elle paraît si solaire et enjouée. » C’est la première chose que je me suis dite en voyant cette photo sur son profil Spicy. On a matché. Je lui parle de maths, de ma passion pour les problèmes irrésolus, comme la conjecture de Syracuse : pourquoi ce cycle trivial ? Et pourquoi ternaire ? Les solutions incalculables de certaines équations du second degré et ce qu’elles disent de nos capacités d’imagination limitées, le mystère des nombres de Lychrel qui ne pourraient pas former de nombres palindromes sans qu’on n’ait jamais prouvé leur existence. Et elle me parle de littérature. De son admiration pour la poésie de Marceline Desbordes-Valmore, d’Anna de Noailles mais surtout de Renée Vivien qu’elle affectionne tout particulièrement pour ses descriptions passionnées et florales. Elle me dit qu’elle aime « saisir l’émotion et l’instant pour les figer dans un ballet lettré ». Elle m’envoie parfois des captures de ces danses : Demi-Lune cherche demi-Lune Pour se compléter, ne faire qu’une Briller ensemble d’une flamme bénie Cratères contre cratères, l’interdit La nuit, le froid et le feu, Certains croient que ce n’est qu’un jeu… * * * Ce soir, c’est notre premier rendez-vous. Nous devons nous retrouver au Lotta, l’un des restaurants les plus connus de la ville, à vingt heures. J’hésite sur le choix de ma tenue : devrais-je mettre une valeur sûre, du noir peut-être ? Non, c’est trop classique, je veux être originale pour elle. Du violet, sa couleur préférée. J’ai justement un beau blazer de cette teinte ; j’enfile une jupe et des talons, relève mes cheveux en un chignon approximatif. Je ne mets pas de rouge à lèvres, il ne vaut mieux pas, si l’on s’embrasse… …un jeu lunaire et enfantin Mais moi je sais qu’il n’en est rien Parce que ce sont elles qui m’appellent Ces demi-Lunes aux fragrances nouvelles Leurs rondeurs imparfaitement libres Qui auraient pu faire dresser mon chibre. Je souris en me remémorant ses quelques vers. Quelle audace quand même ! Bzzz bzzz. Quelqu’un appelle. Jeanne a eu un accident de voiture. Elle ne viendra pas ce soir. Elle vient de mourir. J…Jea…Jeanne…
- Ôhó comme un écho
Ôhó résonne en moi comme un écho à la fois lointain mais si proche. Je me lève le lendemain matin de la lecture à la fois vivante et vibrante du fantastique chant d’adieu Ôhó à Vicq-sur-Breuilh rendue ce jeudi 17 mars à 19h00 dans le cadre des Zébrures de Printemps, et je revois le visage plein de vie de Kouam Tawa. Il me fait face et me répète inlassablement les mêmes mots :Ôhó ! Ôhó ! Ou plutôt il me les chuchote à l’oreille. Je lui fais Ôhó moi aussi en retour, mais de loin, en lui faisant un bref signe de la main. Sur le rivage d’un bien mauvais rêve. Distanciation sociale oblige. À mi-chemin entre rêve et réalité, je plisse les yeux un bref instant puis je les rouvre, il n’est plus là. Comme un Djinn sorti tout droit d’un conte étrange, il a disparu. Ou plutôt c’est moi qui ne suis plus là puisque je suis rentré chez moi, et puisque toute bonne chose a une fin. Je paye mon écot à tout ça, à tous ces ancêtres blancs esclavagistes que j’ai probablement eus longtemps avant moi et qui se sont fait de l’argent sur le dos de pauvres gens. Ou bien sans doute étaient-ce eux aussi des hommes réduits en esclavage ? Qui sait. Seulement parfois, ma couleur de peau me donne des nausées et je paie sans doute pour tous les autres. À me sentir coupable d’un crime que je n’ai pas moi-même commis. Ôhó le monde d’avant, Ôhó l’ami ! Quoi de plus bel hommage que d’écrire un texte en l’honneur de celui-ci. Hélas parti trop tôt et emporté l’été dernier par une maladie invisible rendue paradoxalement trop visible par des masques dénués de toute humanité. Larvatus prodeo mais piano ! Piano ! Car qui va doucement va sûrement. Ôhó le chant du coq au petit matin. Ôhó la musique lancinante qui accompagne la parole et les mélopées qui crépitent et s’envolent en particules de fumée au-dessus du feu. Il ne faisait pas chaud il est vrai mais au moins nous nous tenions chauds, serrés les uns contre les autres. Épaules contre épaules. À hauteur d’homme. Nous étions en communion et tout ouïe devant la lecture passionnée et passionnante de l’auteur camerounais Kouam Tawa, invité spécialement pour l’occasion et accompagné par Mangane avec quelques instruments du pays (ndlr le Cameroun). Pour sublimer le texte par ses notes, espacer et meubler les silences. Quand les mots ne veulent plus rien dire et sont dépossédés de leur réalité propre. Une très jolie soirée en vérité au coin d’un feu qui nous réchauffait un peu moins que les paroles chaleureuses d’un adieu. Avec ses notes d’humour et d’espoir. Un bel hommage rendu à l’Afrique tout entière et un bel Ôhó multiple au pays, à une histoire commune, à l’ami. Mais plus que tout une ode à la vie, car après tout, que nous reste-t-il sinon des pleurs, des souvenirs et des sourires de notre passage ici, sur cette terre nourricière, et notre devoir d’honorer les morts ? Afin qu’ils survivent malgré tout et malgré nous. Un beau texte tout en retenue et en pudeur. Avec de l’humour également, pour repousser un peu plus le moment de nous dire Ôhó mutuellement. Ôhó le frère tombé, Ôhó l’ami envolé. Ôhó l’Afrique et son histoire agitée, Ôhó le pays, Ôhó la vie, Ôhó la nuit ! Et mille fois merci Monsieur Tawa pour ce très beau texte et votre prestation qui étaient somme toute au diapason. Mis en musique et sublimés par les notes aiguës et cristallines de Mangane. Comme un cri déchirant dans la nuit froide. La salle était comblée, et les spectateurs venus en grand nombre sont passés par toutes les émotions. Nous nous sommes tous retrouvés ensuite autour d’un buffet dans une autre aile du château, un peu moins soumise aux courants d’air et aux aléas du vent. J’ai pu échanger quelques mots avec vous. Et puis vint le moment fatidique de nous dire Ôhó mutuellement. Je suis rentré chez moi, des images plein les yeux, et des sonorités plein la tête. La nuit venue, j’ai dormi d’une seule traite, une nuit blanche sans rêve, et au réveil encore ces Ôhó obsédants qui résonnaient dans ma tête comme un écho, et bien entendu votre visage bienveillant. Ce texte est pour vous M. Kouam Tawa. Merci à vous pour cette magnifique prestation ! Ainsi qu’aux organisateurs de cette rencontre des Zébrures de Printemps sans qui cette belle rencontre n’aurait pu être possible. XK (Limoges, le 21.03.22) Crédits : image tirée du site tourisme de Haute Vienne